Auteur: nzz.ch

Mode rédactionnel: CLARUS_ANALYSIS Recommandation d'indexation: INDEX Langue/Rôle: FULL_ANALYSIS Date de vérification des faits: 06.04.2026

Résumé exécutif

Le professeur de droit émérite René Rhinow soutient dans un commentaire invité de la NZZ que la Suisse, avec sa « neutralité perpétuelle » rigide, perd sa crédibilité auprès de ses partenaires sécuritaires occidentaux. Le récent refus des droits de survol pour les États-Unis et des exportations d'armes montre de manière exemplaire comment le pays s'enferme dans une impasse en matière de politique de sécurité. Rhinow appelle à un passage à une neutralité situationnelle, qui s'adapterait de manière flexible aux objectifs de politique étrangère, économique et de sécurité – sans adhésion à l'UE ou à l'OTAN. L'interprétation actuelle rigide de la Convention de La Haye de 1910 domine le débat politique étrangère et prime sur les considérations pragmatiques de sécurité.

Personnes

Thèmes

  • Politique de neutralité suisse
  • Coopération en matière de politique de sécurité
  • Droit international et droit de la neutralité
  • Relations OTAN et UE
  • Exportations d'armes

Clarus Lead

Le débat sur la neutralité suisse s'intensifie dans un environnement géopolitique marqué par une incertitude croissante et des conflits militaires aux frontières de l'Europe. La critique de Rhinow touche un point sensible : alors que le Conseil fédéral promeut la coopération avec l'OTAN et l'UE, celle-ci est en réalité entravée par une interprétation stricte des obligations de neutralité. La question stratégique centrale – ce dont la Suisse a besoin en matière de politique de sécurité – est eclipsée par la question juridique de ce que permet la Convention de La Haye. Cela menace non seulement l'ancrage occidental, mais pourrait aussi s'avérer paralysant en cas de crise de sécurité future.

Résumé détaillé

Rhinow historicise le concept de « neutralité perpétuelle » comme un cas unique au monde sans équivalent dans le droit international moderne et la pratique entre États. La plupart des États comprennent la neutralité comme une non-participation situationnelle et non contraignante aux guerres entre États. La variante suisse est née au XIXe siècle d'un intérêt concret : les grandes puissances environnantes – l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et la France – voulaient s'assurer que la Suisse ne constituerait pas un fardeau stratégique lors de guerres européennes. Cette fonction historique est technologiquement, militairement et géopolitiquement devenue caduque, mais elle est « reproduite sans réflexion ».

Rhinow analyse de manière critique la « pétrification » juridique de la neutralité depuis l'adhésion à la 5e Convention de La Haye en 1910. Depuis lors, la perspective du droit international domine : la question centrale n'est plus ce que la sécurité suisse exige, mais ce que permet la Convention de La Haye. L'ancien chancelier fédéral Thurnherr a constaté que le Conseil fédéral traite le débat politique étrangère comme une discipline juridique, en laissant de côté les dimensions politiques étrangères. Par sa politique de neutralité extensive et auto-imposée (interdictions de biens à double usage, refus d'accueillir des soldats ukrainiens blessés), la Suisse va au-delà de ses obligations en vertu du droit international – une approche que Rhinow caractérise comme une soumission à un accord international « devenu anachronique sur le plan substantiel ».

Rhinow contraste cela avec les pères fondateurs de la Constitution de 1848, qui ont volontairement omis d'inscrire une obligation de neutralité dans la Constitution fédérale pour préserver la liberté d'action future. La situation paradoxale : le Conseil fédéral autour de 1900 ne voulait pas que les obligations de neutralité soient ancrées dans le droit international, car cela restreignait la liberté d'action – exactement ce qui se produit aujourd'hui. L'expérience historique montre : les États belligérants (Rhinow cite l'invasion hitlérienne des pays neutres Belgique et Pays-Bas en 1940) tenaient compte de la neutralité principalement en fonction de l'utilité géostratégique, non de la fidélité historique à la neutralité.

Affirmations clés

  • La « neutralité perpétuelle » est anachronique sur les plans juridique et politique; Rhinow appelle à un passage à une neutralité situationnelle avec flexibilité stratégique
  • Une surinterprétation juridique de la Convention de La Haye de 1910 domine la politique du Conseil fédéral et bloque les coopérations nécessaires en matière de politique de sécurité avec l'Occident
  • Historiquement, la neutralité remplissait une fonction concrète (protection contre les grandes puissances européennes); cette fonction n'existe plus
  • La politique de neutralité suisse érode la crédibilité auprès des partenaires occidentaux, dont le pays dépend de la coopération

Questions critiques

  1. Preuves: Rhinow affirme que la Suisse « a déjà perdu sa fonction de protection militaire aujourd'hui » – sur quels scénarios de menace ou modèles de dissuasion concrets cette thèse repose-t-elle?

  2. Hypothèses alternatives: Le commentaire de Daniel Stalder réfute partiellement la thèse : la neutralité ne pourrait-elle pas être un capital diplomatique justement vis-à-vis du Sud global (Russie, Chine) pour l'autonomie suisse?

  3. Causalité: Rhinow relie la « neutralité perpétuelle » à une perte de crédibilité auprès des partenaires occidentaux – la relation causale est-elle vérifiable, ou y a-t-il des variables confusionnelles (p. ex. intérêts économiques de l'Occident)?

  4. Conflits d'intérêts: Qui profite d'une neutralité plus flexible – l'industrie d'armement, les adhésions à l'OTAN, l'ancrage économique occidental? Dans quelle mesure cela façonne-t-il l'analyse de Rhinow?

  5. Applicabilité: Comment une neutralité « situationnelle » pourrait-elle être opérationnalisée dans la pratique, sans verser dans « l'arbitraire et l'imprévisibilité » (comme l'avertit Stalder)?

  6. Validité historique: La référence de Rhinow aux pères fondateurs de 1848 et à l'invasion hitlérienne de 1940 est-elle encore applicable au contexte multipolaire actuel (2026)?


Bibliographie

Source primaire: René Rhinow: La neutralité comme obstacle à la politique de sécurité – Neue Zürcher Zeitung, 06.04.2026 https://www.nzz.ch/meinung/neutralitaet-als-stolperstein-in-der-sicherheitspolitik-ld.1931619

Contextes complémentaires (mentionnés dans l'article):

  1. 5e Convention de La Haye (1910) sur la neutralité
  2. Constitution fédérale de 1848
  3. Conventions de Genève (Henry Dunant)
  4. Débat sur les droits de survol pour les États-Unis et les exportations d'armes (2026)

Statut de vérification: ✓ 06.04.2026


Ce texte a été créé avec l'aide d'un modèle d'IA. Responsabilité éditoriale: clarus.news | Vérification des faits: 06.04.2026