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Quand la bonne monnaie disparaît – ce que cette expérience MNBC révèle vraiment
Un regard critique sur un document de travail BNS Monnaie numérique de banque centrale et loi de Gresham : Une analyse expérimentale
La Banque nationale suisse fait de la recherche. Dans le document de travail « Central Bank Digital Currency and Gresham's Law: An experimental analysis » (SNB Working Papers 3/2026), les auteurs examinent dans une expérience de laboratoire une ancienne thèse de théorie monétaire avec un nouvel emballage technique : la loi de Gresham – la mauvaise monnaie chasse la bonne.
Le message central du document se résume rapidement : quand une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) sans risque coexiste avec des dépôts bancaires risqués, les gens ont tendance à thésauriser la monnaie sûre et à dépenser la monnaie plus risquée. Des limitations comme des plafonds de détention ou des taux négatifs sont censées corriger ce comportement – avec des effets secondaires discutables.
Mais quelle est la robustesse de ces conclusions ? Et que ne disent-elles pas ?
Résumé des résultats
Dans l'expérience, deux formes de monnaie s'opposent :
- Compte A : sans risque (analogue MNBC)
- Compte B : risqué (dépôt bancaire avec risque de défaut)
Les principales conclusions :
- Sans restrictions, la monnaie sans risque est détenue et aussi utilisée.
- Avec des plafonds de détention, la monnaie sûre est presque exclusivement thésaurisée, les paiements s'effectuent via la monnaie risquée.
- Avec des taux négatifs, la monnaie sûre est moins thésaurisée – mais encore davantage comme réserve de valeur que comme moyen de paiement.
Les auteurs en concluent : dans un système avec principalement des dépôts bancaires risqués, il serait « mieux » de construire le système de paiement sur ces dépôts risqués – pas sur la MNBC.
C'est une thèse forte. Peut-être trop forte.
Les questions critiques qui s'imposent
1. N'y a-t-il pas ici un objectif politique soutenu expérimentalement ?
Le document commence par une prémisse implicite : la MNBC est dangereuse pour les banques, parce qu'elle pourrait détourner les dépôts. L'expérience teste ensuite des options de conception qui visent précisément à minimiser ce risque.
Question critique :
L'expérience est-elle ouverte – ou cherche-t-elle une légitimation expérimentale pour des garde-fous de politique monétaire déjà établis ?
2. Quelle est la réalisme du modèle humain en laboratoire ?
Les participants à l'expérience sont des étudiants dans une économie fortement simplifiée :
- Deux acteurs
- Prix fixes
- Aucune alternative comme espèces, crypto, stablecoins
- Aucune protection institutionnelle des dépôts bancaires
Question critique :
Peut-on vraiment conclure d'un tel cadre au comportement des ménages et entreprises dans une économie complexe ?
Ou autrement : Les gens se comportent-ils vraiment dans la vraie vie comme des agents de laboratoire avec une logique Excel ?
3. Le risque est-il artificiellement exagéré ?
Le risque du compte B est drastique : 10 % de probabilité par période, 50 % de perte.
Question critique :
Ce profil de risque reflète-t-il les vrais dépôts bancaires – ou crée-t-il délibérément une image dramatique contrastant avec la MNBC sans risque ?
Dans la réalité existent :
- Garantie des dépôts
- Garanties implicites de l'État
- Sauvetages bancaires
Tout cela manque dans l'expérience – et biaise systématiquement les résultats.
4. « Moyen de paiement » est-il confondu avec « monnaie sacrifiée » ?
Quand les gens sont contraints de payer avec de la monnaie plus risquée, tout en thésaurisant la monnaie sûre, est-ce alors un système de paiement fonctionnel ?
Ou plutôt :
Un système dans lequel les citoyens tentent rationnellement d'éviter les pertes – au détriment de la stabilité et de la confiance ?
Les auteurs interprètent la dépense de dépôts risqués comme confirmation de la loi de Gresham. On pourrait aussi le lire comme un signal de méfiance.
5. Une MNBC volontairement peu attractive est-elle démocratiquement légitime ?
Le document discute :
- Plafonds de détention
- Taux négatifs
Ce sont tous deux des instruments de contrainte, pour rendre artificiellement peu attractive une monnaie publique en fait attractive.
Question critique :
Pourquoi l'État devrait-il créer un moyen de paiement qui est volontairement pire que les alternatives privées ?
Et plus loin :
Qui décide de combien de « bonne monnaie » les citoyens peuvent posséder ?
6. La loi de Gresham est-elle sur-étendue ?
La loi de Gresham est née sous des régimes de monnaie métallique avec des taux de change fixés par l'État. Son applicabilité 1:1 aux formes de monnaie numériques est controversée.
Question critique :
S'agit-il ici d'une loi économique intemporelle – ou d'une métaphore commode qui légitime des décisions politiques ?
La conclusion inconfortable
Le document montre surtout une chose très clairement :
Une MNBC bien conçue serait trop attractive.
Et exactement pour cette raison, selon la logique implicite, elle ne doit pas l'être.
Cela soulève une question fondamentale qui n'est pas posée dans le document :
Le système monétaire sert-il principalement la stabilité des banques – ou les utilisateurs de la monnaie ?
Tant que cette question n'est pas discutée ouvertement, des expériences comme celle-ci restent techniquement propres, mais politiquement incomplètes.
Conclusion
Le document de travail BNS est méthodologiquement intéressant et proprement réalisé. Mais son interprétation est normativement chargée. Il montre moins ce que la MNBC provoque nécessairement, mais plutôt ce dont les banques centrales ont peur.
Pour un vrai débat sociétal sur la monnaie numérique de banque centrale, il faut plus que des expériences de laboratoire :
- des scénarios d'usage réels
- des alternatives au-delà du système bancaire
- et surtout : de l'honnêteté politique sur les conflits d'objectifs
Car la bonne monnaie ne disparaît pas d'elle-même.
Elle est évincée – ou volontairement maintenue petite.