Auteur : clarus.news Source : clarus.news
Résumé exécutif
Le Conseil national débat le 17 juin 2026 de l'accord de libre-échange avec les États du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay). En parallèle, la Suisse négocie avec les États-Unis un accord douanier bilatéral suite à l'effondrement de l'ordre multilatéral de l'OMC. L'économiste du droit Thomas Cottier approuve fondamentalement la stratégie de libre-échange, mais critique les négociations avec les États-Unis comme unilatérales au détriment de la Suisse et met en garde contre l'érosion de l'ordre multilatéral.
Personnes
- Thomas Cottier (professeur émérite de droit économique européen et international ; président de l'Association Suisse–Europe)
- Simone Hulliger (modératrice, SRF Conversation du jour)
Thèmes
- Accord de libre-échange Mercosur
- Politique douanière américaine et négociations bilatérales
- Politique commerciale suisse
- Travail forcé et sanctions commerciales
- Ordre commercial mondial multilatéral
Lead Clarus
La Suisse se trouve dans un dilemme politique commercial : alors qu'elle mise traditionnellement sur l'ordre multilatéral de l'OMC – sur lequel 85 % du commerce mondial est réalisé – celui-ci a perdu de sa force contraignante après la sortie de facto des États-Unis. Cottier met en garde contre un accord asymétrique avec Washington, qui ferait de la Suisse la garante des investissements américains, sans recevoir de garanties de protection comparables. Les négociations révèlent un dilemme fondamental : une petite économie d'exportation ouverte ne peut pas se permettre une politique industrielle défensive, mais elle est mise sous pression par des revendications tarifaires (ici : accusations de sanctions insuffisantes contre le travail forcé).
Résumé détaillé
L'accord Mercosur comme instrument de stabilisation
Cottier évalue l'accord de libre-échange du Mercosur comme politiquement judicieux, mais souligne qu'il ne faut pas le surévaluer économiquement. Les concessions tarifaires sont limitées à dix ans et représentent moins de 2 % de la consommation suisse – une ampleur « soutenable » malgré l'opposition des agriculteurs et des écologistes. Plus important est l'alignement sur la position de l'UE : puisque l'Union européenne possède déjà un tel accord avec le Mercosur, la Suisse a dû suivre pour ne pas se désavantager sur le plan concurrentiel. L'accord contient un chapitre environnemental spécifique que Cottier considère comme un progrès, bien que les critiques le jugent trop faible.
Négociations avec les États-Unis : Dépendance asymétrique
Le thème central du conflit est l'accord douanier avec les États-Unis. Après l'effondrement de la juridiction supérieure de l'OMC (suppression des préférences tarifaires par la Cour suprême américaine en février 2020), la Suisse tente de rétablir la stabilité par des négociations bilatérales. Les États-Unis utilisent à cette fin l'article 310 du Trade Act américain pour imposer des tarifs douaniers contre les prétendues « pratiques commerciales déloyales » – un fondement juridique qui ne nécessite pas de preuve de causalité.
Un point faible : les États-Unis reprochent à la Suisse de ne pas en faire assez contre le travail forcé dans les chaînes d'approvisionnement mondiales. Cottier confirme que la Suisse poursuit une approche en matière de politique de développement (soutien plutôt que sanctions), tandis que les États-Unis exigent des restrictions commerciales. Dans le Mémorandum d'accord du 14 novembre 2025, la Suisse a bien promis une amélioration – mais sans caractère juridiquement contraignant. L'accord pourrait apporter un tarif maximal de 15 pour cent, mais sous réserve de tarifs « Nation la plus favorisée » plus élevés si les États-Unis les introduisent vis-à-vis d'autres partenaires commerciaux.
Le dilemme de l'investissement
Un point particulièrement critique : le Mémorandum exige que les entreprises suisses investissent 200 milliards de dollars américains aux États-Unis. Cottier rejette cela : « Avec cela, la Confédération assume la responsabilité de déplacer les emplois suisses vers les États-Unis. Ce n'est pas la tâche d'un gouvernement. » Les décisions d'investissement devraient être laissées au marché. Une grande partie de cette somme irait de toute façon dans les produits pharmaceutiques et autres secteurs stratégiques – l'engagement du Conseil fédéral est superflu et dangereux.
Le multilatéralisme sous pression
Cottier critique le fait que la Suisse, par des accords bilatéraux, sape l'ordre de l'OMC dont elle dépend existentiellement en tant que petite nation. Il en va différemment pour l'UE : elle peut menacer de contre-tarifs et amortir les concessions. La Suisse n'a pas ce pouvoir. Elle devrait plutôt agir en justice contre les tarifs exorbitants – en intentant des actions en justice devant les tribunaux américains (juridiction New York, appels à Washington, le cas échéant Cour suprême) ou par des actions collectives concertées avec d'autres entreprises concernées. C'est juridiquement incertain, mais au moins une prise de position sur les principes.
La politique industrielle comme issue ?
Cottier laisse entendre que la Suisse pourrait envisager une politique industrielle minimaliste dans les domaines stratégiques (centres de données, infrastructures critiques) – non pas pour le protectionnisme, mais pour gagner en autonomie. Cela contredit la tradition suisse, mais a gagné en pertinence face à la pression protectionniste mondiale.
Points clés
- La Suisse s'appuie sur trois piliers : le multilatéralisme de l'OMC (85 % du commerce mondial), les accords bilatéraux avec l'UE, et les accords de libre-échange – mais le premier pilier s'érode parce que les États-Unis se sont retirés.
- L'accord Mercosur est rationnellement politique (alignement sur l'UE), mais économiquement limité à moins de 2 % de la consommation.
- Les négociations avec les États-Unis produisent un accord asymétrique qui charge unilatéralement la Suisse : tarif maximal de 15 %, promesse d'investissement illimitée, absence de sécurité juridique.
- Cottier exige que la Suisse agisse en justice contre les tarifs américains excessifs au lieu de s'adapter – mais cela ne correspond pas à la tradition suisse de recherche de compromis.
- Une politique industrielle minimale dans les secteurs stratégiques pourrait à long terme s'avérer nécessaire pour préserver l'autonomie.
Questions critiques
[Preuve/Qualité des données] Cottier cite « 2 % de la consommation suisse » comme critère pour les impacts du Mercosur – ce calcul est-il basé sur des modèles actuels de flux commerciaux ou sur des scénarios plus anciens ? Quelle est la sensibilité de ce chiffre aux modifications des importations agricoles ou pharmaceutiques ?
[Validité des sources] Les États-Unis reprochent à la Suisse le « travail forcé dans les chaînes d'approvisionnement ». Cottier reconnaît que la Suisse achète des produits en provenance de pays tiers et les réexporte – la Suisse a-t-elle une obligation complète de transparence pour ces chaînes, ou des lacunes sont-elles documentées ?
[Conflits d'intérêts] Cottier critique le fait que le Conseil fédéral s'engage pour un investissement de 200 milliards. Qui au Conseil fédéral et dans l'économie pousse cette promesse – et quels conflits d'intérêts émergent si les entreprises suisses s'attendent à ce que Berne les soutienne ?
[Causalité/Alternatives] Cottier propose que la Suisse dépose des plaintes en douane devant les tribunaux américains. Est-ce juridiquement réaliste si l'exécutif américain justifie l'affaire par l'article 310 du Trade Act – un instrument avec un large pouvoir discrétionnaire politique ?
[Faisabilité/Risques] Le Mémorandum envisage un « accord avec les États-Unis » qui pourrait rester un simple Executive Agreement sans approbation du Sénat. Quel est le caractère contraignant d'un tel accord pour les futures administrations américaines – et la Suisse risque-t-elle une perte de crédibilité si les États-Unis le dénoncent ?
[Effets secondaires] Cottier avertit que les accords bilatéraux érodent l'ordre de l'OMC. Si la Suisse introduit avec Washington un chapitre sur le travail forcé, mais pas avec d'autres partenaires (par exemple la Chine, le Vietnam), ne renforce-t-elle pas le problème de l'effondrement de l'OMC ?
[Qualité des données] Cottier mentionne que l'UE a récemment introduit des tarifs sur l'acier contre la Suisse – et que Gäufingen (aciérie) subit une pression. Ces tarifs de l'UE sont-ils un cas test de la marge de manœuvre en matière de mesures de sauvegarde que les États-Unis pourraient également utiliser ?
[Hypothèses/Contrehypothèses] Cottier confirme qu'une petite économie d'exportation comme la Suisse peut difficilement pratiquer la politique industrielle. Mais : des grappes stratégiquement promues (sécurité des données, biotechnologie, micromécanique) peuvent-elles créer un contrepoids sans devenir protectionnistes ?
Bibliographie
Source primaire : SRF Conversation du jour – Droit économique et politique commerciale suisse (17.06.2026) – download-media.srf.ch
Statut de vérification : ✓ 17.06.2026
Ce texte a été créé avec l'aide d'un modèle d'IA. Responsabilité éditoriale : clarus.news | Vérification des faits : 17.06.2026