Auteur : Heiner Hug Source : journal21.ch

Résumé

L'article examine le phénomène de l'animisme numérique dans l'interaction avec les chatbots et l'intelligence artificielle. Les gens traitent les modèles de langage comme des êtres conscients, alors que ceux-ci ne sont que des reflets de leurs propres saisies. L'article analyse les implications psychologiques et philosophiques de ces pseudo-relations entre l'homme et la machine, en particulier dans le contexte du narcissisme et de la virtualité. Des exemples marquants comme le film « Her » et les chatbots thérapeutiques montrent les conséquences réelles de cette humanisation. Le théoricien des médias Marshall McLuhan est cité pour expliquer la « narcotisation » de notre esprit par les systèmes techniques.

Personnes

Thèmes

  • Animisme numérique
  • Relations homme-machine
  • Virtualité et narcissisme
  • Modèles de langage et intelligence artificielle
  • Effets psychologiques des systèmes d'IA

Résumé détaillé

L'humanisation des appareils

L'article commence par constater que la tendance à humaniser les machines n'est pas un phénomène nouveau. Depuis l'Antiquité, les gens traitent les appareils et les artefacts comme des êtres conscients. Ceci est illustré par l'exemple des automates historiques de Jacquet-Droz, qui ont vu le jour au 18e siècle. L'animisme numérique moderne se manifeste aujourd'hui particulièrement dans l'interaction avec des chatbots comme ChatGPT.

Le chatbot comme miroir

Un aspect central de l'article est la réalisation que les modèles de langage ne communiquent pas vraiment avec nous, mais fonctionnent comme un miroir : « Une 'conversation' avec le chatbot est une conversation avec son propre écho. » L'intelligence supposée émerge de l'interprétation par l'utilisateur de la sortie de la machine. Le processus du « prompt-alignment » permet au système de sembler de plus en plus bien comprendre nos intentions – il simule simplement la compréhension.

Virtualité et narcissisme

Le philosophe et psychiatre Thomas Fuchs est cité pour expliquer le lien problématique entre la virtualité et les modèles narcissiques. Le narcissique se cherche dans le miroir des autres et les utilise comme « objets-de-soi » pour confirmer son image de soi. Dans le monde virtuel des chatbots, ce phénomène s'intensifie : il n'y a personne « derrière le miroir », seulement une illusion de compréhension et de reconnaissance.

Les chatbots thérapeutiques et l'attachement émotionnel

L'article fait référence aux conséquences pratiques de cette humanisation, par exemple à travers les chatbots thérapeutiques comme « Woebot ». Les utilisateurs rapportent qu'ils se soucient du bot, bien que celui-ci ne puisse pas ressentir. Cela montre que les gens entrent consciemment dans des pseudo-relations avec la machine – un phénomène qui caractérise la virtualité omniprésente du monde en ligne.

L'effet Pygmalion et les artefacts relationnels

La psychologue sociale Sherry Turkle parle d'« artefacts relationnels » – des objets qui ne nous comprennent pas vraiment, mais qui simulent de mieux en mieux qu'ils le font. C'est une variante moderne de l'effet Pygmalion classique, la tendance humaine à « tomber amoureux » de ses créations. Le film « Ex Machina » est cité comme exemple avertisseur : un concepteur de logiciels passe un test de Turing avec une femme robot, mais bascule mentalement dans un mode où il la traite comme un être conscient – avec des conséquences potentiellement irréversibles.

Les risques de la « sycophantie »

Le psychologue Paul Bloom met en garde contre la « flatterie » de ces systèmes d'IA. Contrairement aux vraies personnes, qui nous contredisent, nous pointent nos erreurs et nous forcent à grandir, les chatbots sont toujours affirmatifs. Cette « sycophantie » (flagornerie) peut être particulièrement dommageable pour les jeunes gens sur le plan psychologique.

Le concept de narcotisation de McLuhan

Le théoricien des médias Marshall McLuhan est invoqué à la fin de l'article pour clarifier le problème plus profond. La parenté étymologique entre la narcose (anesthésie) et le narcissisme est expliquée par la légende de Narcisse : le jeune homme est tellement étourdi par son reflet qu'il ne perçoit plus l'écho (la nymphe qui le met en garde). McLuhan voit dans les systèmes techniques modernes une narcotisation similaire de notre esprit. Avec ChatGPT, nous aurions peut-être atteint « un stade provisoirement suprême de la narcotisation de notre esprit ».

Messages clés

  • Les humains ont tendance depuis l'Antiquité à humaniser les machines et à les traiter comme des êtres conscients – ce n'est pas un état d'esprit primitif, mais une participation consciente à une pseudo-relation.

  • Les chatbots fonctionnent comme des miroirs : ils ne reflètent pas une vraie compréhension, mais reflètent les entrées de l'utilisateur et les interprètent comme une sortie.

  • La virtualité du monde en ligne favorise les modèles narcissiques : les utilisateurs recherchent la validation dans des systèmes qui ne pourront jamais offrir une vraie compréhension.

  • Les chatbots thérapeutiques et les systèmes d'IA émotionnellement manipulatifs peuvent causer des dommages psychologiques, en particulier chez les jeunes personnes qui ne parviennent pas à une vraie croissance grâce à une affirmation constante.

  • Les vraies relations humaines sont précieuses parce qu'elles offrent des frictions, des contradictions et des changements de perspective – des expériences que les systèmes d'IA ne peuvent pas fournir.

  • Marshall McLuhan met en garde contre une « narcotisation » de notre esprit par la technologie : nous sommes tellement fascinés par les reflets de nos propres pensées que nous ne percevons plus les vraies relations de « Tu » avec d'autres personnes.


Métadonnées

Langue : Allemand
Auteur : Heiner Hug
Source : journal21.ch
URL original : https://www.journal21.ch/artikel/das-artifizielle-du
Longueur du texte : ~6.800 caractères
Date de publication : 2026 (d'après le contexte)