Auteur: nzz.ch
Résumé court
Le Conseil fédéral suisse traverse une crise de leadership, car la figure dominante jusqu'à présent, Karin Keller-Sutter, a perdu du pouvoir et aucune successeure ou aucun successeur n'a repris son rôle. Justement en 2026, année critique marquée par des décisions déterminantes – notamment sur l'immigration et la politique européenne – le gouvernement se montre sans direction et désemparé. La prestation ratée du ministre de la Défense Martin Pfister sur la nouvelle politique de sécurité symbolise la confusion au sein du collège, tandis que l'UDC sous la présidence de Marcel Dettling se positionne avec assurance face au scrutin décisif sur la « Suisse à 10 millions ».
Personnes
- Karin Keller-Sutter – Présidente de la Confédération, perd de son influence
- Martin Pfister – Ministre de la Défense
- Albert Rösti – Conseiller fédéral UDC
- Guy Parmelin – Vaudois, futur président de la Confédération
- Beat Jans – Ministre de la Justice
- Marcel Dettling – Président de l'UDC
- Cédric Wermuth – Co-président du PS
Thèmes
- Crise de leadership au Conseil fédéral
- Politique de sécurité et avions de combat F-35
- Initiative sur l'immigration (« Suisse à 10 millions »)
- Politique européenne et relations avec les États-Unis
- Crédibilité du gouvernement
Résumé détaillé
Un manque de direction en temps critique
L'année 2026 sera décisive pour la Suisse. Les temps sont incertains : la Russie menace l'Europe, les États-Unis poussent à des solutions rapides dans le conflit commercial, et la population se prononcera sur des questions centrales. Justement en cette phase critique, le Conseil fédéral suisse manque d'une personnalité de leader capable de donner des orientations claires et d'offrir un soutien au collège.
Le débâcle de Martin Pfister
La prestation ratée du ministre de la Défense Pfister mi-décembre devient la métaphore de la crise. Pfister avertit d'une situation de sécurité « extrêmement dangereuse », réclame un « tournant helvétique » et insiste sur la nécessité d'une armée capable d'agir. Immédiatement après, il avoue cependant que la Confédération veut commander moins d'avions de combat F-35 que prévu pour des raisons budgétaires – alors que le Conseil fédéral lui-même estime que 55 à 70 avions sont nécessaires. Cette contradiction crée une confusion totale : la situation est-elle vraiment aussi menaçante ou veut-on économiser ? La réponse reste obscure.
Des politiciens de différents partis critiquent vivement cette incohérence. La co-présidente du PLR Susanne Vincenz-Stauffacher demande une « clarification rapide », la direction de l'UDC sous Marcel Dettling reproche au Conseil fédéral de perdre sa crédibilité.
Le centre du pouvoir qui s'affaiblit
Il y a encore un an, il aurait y avoir une réponse claire à la question du leadership : Karin Keller-Sutter et Albert Rösti auraient dominé. La présidente de la Confédération radicale-libérale a marqué la première année de la nouvelle législature par une revendication de direction claire. Mais 2025 a été son « annus horribilis ». Elle a échoué face à Trump et a perdu de son autorité. Après douze mois de critiques virulentes, elle semble affaiblie, et on spécule même sur une possible démission.
Rösti, son puissant partenaire bourgeois aux côtés, n'est pas le type à s'approprier seul le leadership. Cela ne correspond pas à son tempérament. De plus, 2026 sera difficile pour lui : en tant que ministre des médias, il devra défendre la RTS/SSR contre l'initiative d'amputation de sa propre UDC – une position ingrate qui ne le mettra probablement pas au premier plan.
Guy Parmelin : un sauveur, mais pas un moteur
Guy Parmelin s'est présenté comme un sauveur dans le différend douanier avec les États-Unis et est ainsi devenu une « superstar » pour l'UDC. Il prend la présidence de la Confédération selon le tour. Mais le Vaudois n'est pas l'homme qui peut donner un nouvel élan au collège. Il est à la fin de sa carrière et a fait de la collégialité sa maxime. De plus, un nouveau malheur menace : les États-Unis poussent à un traité juridiquement contraignant et ont menacé de réaugmenter les tarifs douaniers. L'accord pourrait se retourner contre lui.
Le scrutin décisif sur la « Suisse à 10 millions »
Le rendez-vous dominant de l'année sera le scrutin estival sur l'initiative UDC sur l'immigration « Suisse à 10 millions ». Si le peuple approuve, la politique européenne du Conseil fédéral se trouve « en ruines », avertit le conseiller national PS Cédric Wermuth. Les premiers sondages montrent déjà des taux d'approbation élevés pour l'initiative.
Le problème est que le Conseil fédéral et le Parlement veulent combattre l'initiative sans contre-proposition – ce qui la renforce de facto. Durant ce scrutin, Conseil fédéral et Parlement jouent à « tutti », mais le gouvernement ne montre pas une véritable unité.
Beat Jans en tant que ministre de la Justice
Beat Jans, le ministre de la Justice compétent, est appelé par différents politiciens à mener la bataille énergiquement contre l'initiative. Mais le Bâlois semble tout sauf heureux dans son rôle de conseiller fédéral et est, de par son profil urbain, le mauvais pour convaincre dans les cantons ruraux de Suisse alémanique – exactement là où la décision se fera.
Le président des Verts'libéraux Jürg Grossen demande que Parmelin et Rösti aussi, en tant que ministre de l'Économie et homme de l'UDC, montrent aux régions rurales l'importance des relations avec l'Europe. Mais tous deux ne voudront probablement pas combattre leurs propres partis.
L'UDC flaire sa chance
Tandis que le Conseil fédéral semble sans direction, le président de l'UDC Marcel Dettling rayonne de confiance. Il qualifie le Conseil fédéral de « jamais aussi faible » et voit dans le rejet d'une contre-proposition un « affront » montrant que le Conseil fédéral ne prend pas au sérieux le problème de l'immigration. Dettling est « très optimiste » quant à la victoire de l'initiative. La population voit l'immigration comme sa préoccupation majeure – et le Conseil fédéral l'ignore.
Perspective : espoir de changement
L'article se termine par le constat que peu de choses changeront dans cette constellation. Le gouvernement se montre lui-même désemparé en ces temps incertains. Peut-être que une ou plusieurs démissions de magistrats de longue date seraient la voie vers un nouvel élan. Si plusieurs membres se retirent simultanément et qu'une restructuration s'ensuit, ce serait « une bénédiction pour le collège et le pays ».
Messages clés
Le Conseil fédéral suisse est sans direction : la figure dominante Karin Keller-Sutter a perdu du pouvoir et aucun autre membre n'a pu reprendre son rôle de leader.
L'incohérence en politique de sécurité (avertissement urgent face à la Russie, mais mesures d'économies sur les avions de combat) révèle le manque de clarté stratégique du gouvernement et endommage sa crédibilité.
Pour le scrutin décisif sur l'initiative « Suisse à 10 millions », le Conseil fédéral manque d'une direction de campagne unie et convaincante, notamment dans les régions rurales.
Le président de l'UDC Marcel Dettling et l'initiative pourraient profiter de la faiblesse de direction du Conseil fédéral ; les sondages indiquent une approbation élevée.
Une ou plusieurs démissions de membres du Conseil fédéral pourraient permettre une restructuration et donner un nouvel élan au collège – peut-être l'unique issue à la crise.
Métadonnées
Langue : FrançaisDate de publication : 28.12.2025
Source : NZZ (Neue Zürcher Zeitung)
URL d'origine : https://www.nzz.ch/schweiz/23-findet-der-bundesrat-aus-der-krise-ld.1916946
Auteur : Georg Humbel
Longueur du texte : env. 5 500 caractères
Type d'article : Analyse politique