Auteur : Armin Müller Source : tagesanzeiger.ch Date de publication : 10.01.2026
Résumé
Les caisses de pension suisses investissent de manière extrêmement conservatrice avec seulement 30 % d'actions en moyenne et ratent ainsi un potentiel de rendement considérable. Alors que les obligations perdent de l'argent en termes réels depuis 2014, des quotas d'actions plus élevés pourraient augmenter les rentes jusqu'à 50 %. Les conseils de fondation évitent les risques pour des raisons de responsabilité civile, bien que des solutions scientifiquement fondées pour la couverture des risques existent. Le système privilégie la sécurité à court terme au détriment de la prospérité à long terme à la retraite.
Personnes
- Thorsten Hens – Professeur de finance à l'Université de Zurich
- Daniel Gloor – ancien chef des placements BVK
- Lukas Riesen – associé PPCmetrics
- Stephan Skaanes – directeur PPCmetrics
- Andreas Zimmermann – professeur d'économie
- Francesca Pitsch – directrice de l'étude sur les caisses de pension ZKB
Thèmes
- Prévoyance retraite et potentiels de rendement
- Allocation stratégique du patrimoine
- Couverture des risques dans les caisses de pension
- Comparaisons internationales (Scandinavie, Danemark)
- Changement démographique et espérance de vie
- Droit de la responsabilité civile et gouvernance
Résumé détaillé
Le problème : trop d'obligations, trop peu d'actions
Les caisses de pension suisses détiennent en moyenne seulement 30 % d'actions et 33–40 % d'obligations. Cette politique de placement entraîne des pertes de rendement spectaculaires. Alors que les actions suisses ont généré en moyenne 7,6 % par an en termes réels depuis 1985, les obligations n'ont produit que 2,2 % – et depuis 2014, des rendements même négatifs.
Les différences entre les caisses de pension sont énormes. En 2024, les rendements annuels variaient entre 0,2 % et près de 14 %. Sur toute une vie active, de telles différences s'accumulent en écarts de patrimoine considérables. Thorsten Hens aurait reçu une rente 44 % plus élevée s'il avait changé pour Profond – un exemple frappant des coûts de cette stratégie.
Le secret du patrimoine : le « tiers contributeur »
Depuis 2004, 40 % de la croissance du patrimoine proviennent des rendements de marché (par rapport à 35 % de cotisations patronales, 25 % de cotisations salariées). Cet effet de capitalisation gagne en importance car l'espérance de vie augmente : les caisses de pension versent aujourd'hui en moyenne une rente pendant 21 ans, contre seulement 15 ans en 1985.
Cependant, seulement 38 % des assurés savent que les caisses de pension investissent leurs fonds. Cette méconnaissance contribue à l'acceptation de rendements faibles.
Pourquoi les conseils de fondation évitent les risques
La prudence des caisses de pension obéit à des incitations rationnelles :
- Responsabilité personnelle : les membres des conseils de fondation sont responsables des dommages causés par négligence
- Risque de déficit : un déficit de couverture (lorsque le patrimoine est inférieur aux prestations promises) entraîne des opérations de redressement
- Scandalisation asymétrique : chaque perte en valeur comptable est critiquée publiquement, les rendements perdus restent invisibles
- Poids démographique : les caisses avec beaucoup de pensionnés (p. ex. BVK, Publica) doivent garantir légalement les rentes et ne peuvent pas prendre plus de risques
Des solutions existent – mais ne sont pas utilisées
Hens et d'autres experts montrent que des solutions sont réalisables :
Stratégies de couverture : l'assurance contre une chute en dessous de 90 % du taux de couverture coûte environ 1 % de rendement/an – mais serait largement compensée par des rendements d'actions plus élevés
Portefeuilles adaptés à l'âge : au lieu d'une prudence forfaitaire, les jeunes devraient supporter des quotas d'actions plus élevés (60%+), les plus âgés devraient ajuster progressivement leur allocation
Modèle d'usine à rentes : les caisses spécialisées (p. ex. pour les pensionnés) ajustent leur stratégie à l'espérance de vie restante – les personnes de 70 ans peuvent encore supporter 15 ans de volatilité
La comparaison nordique : +50% de rente possible
Le Danemark montre le potentiel : avec seulement ~30 fonds de pension (contre 1285 en Suisse), PensionDanmark bénéficie d'économies d'échelle et agit comme gestionnaire de patrimoine pur :
- Jeunes Danois : 60%+ d'actions
- Soixantenaires : 37 % d'actions (plus élevé que la moyenne suisse)
- Rendement réel 2015–2024 : plus de 4 % par an (Suisse : moins de 2 %)
- Résultat : une rente danoise s'élèverait à 51'000 CHF contre 33'000 CHF (Suisse) – +53%
Les assurés danois supportent les fluctuations (en 2022, il y a eu des pertes en valeur comptable), mais gagnent massivement à long terme.
Affirmations clés
Des quotas d'actions de 30 % sont trop faibles : les fonds norvégiens et scandinaves fonctionnent avec 50–70 %, avec des résultats à long terme nettement meilleurs
Les obligations perdent du pouvoir d'achat en termes réels : depuis 2014, rendements négatifs ; un capital initial double avec les actions en <10 ans, avec les obligations seulement en >30 ans
La responsabilité civile et le risque de déficit ne sont pas des problèmes insurmontables : les stratégies de couverture et les portefeuilles adaptés à l'âge offrent des solutions scientifiquement fondées
Le potentiel de rendement est gigantesque : un point de pourcentage supplémentaire d'actions sur 10 ans = 8,4 milliards CHF de patrimoine supplémentaire (équivalent à une 14e rente AVS)
L'augmentation à 50 % d'actions pourrait financer annuellement un projet centenaire (NEAT) : le potentiel de rendement inutilisé est structurel, non cyclique
Les assurés suisses paient cher la mentalité d'assurance tous risques : jusqu'à 50 % de rentes plus faibles qu'avec le modèle danois pour les mêmes cotisations
Le changement démographique aggrave le problème : avec 21 ans de rente moyenne, l'effet de capitalisation est décisif – les rendements faibles se vengent brutalement
Parties prenantes et personnes affectées
| Qui est affecté ? | Qui en profite ? | Qui perd ? |
|---|---|---|
| Assurés (actifs & pensionnés) | Gestionnaires de patrimoine (statu quo), employeurs (taux de cotisation plus bas à court terme) | Assurés avec 15+ ans d'horizon de placement, jeunes actifs (perte de capitalisation) |
| Conseils de fondation | Administrateurs de caisses & conseillers (préférence pour la sécurité), politiques (aucune pression pour la réforme) | Représentants des travailleurs (désavantage informatif), pensionnés lors de redressements |
| Employeurs | — | À moyen et long terme : taux d'allocation plus élevés en raison de patrimoine de rente déclinant |
Opportunités et risques
| Opportunités | Risques |
|---|---|
| Rentes jusqu'à 50 % plus élevées possibles (modèle danois) | Krachs boursiers (2008, 2020, 2022) affectent directement les assurés |
| Stratégies de couverture ne coûtent que 1 % de rendement, mais en économisent >5 % | Le risque de responsabilité civile pour les conseils de fondation reste réel |
| Portefeuilles adaptés à l'âge maximisent la capacité de risque individuelle | Réforme politique difficile (les pensionnés veulent de la protection) |
| Économies d'échelle par fusion (30 caisses au lieu de 1285) | Phase de transition : la volatilité du portefeuille devient visible |
| Meilleure résilience démographique avec des rendements plus élevés | Une réduction du taux d'intérêt technique pourrait devenir nécessaire |
Pertinence pour l'action
Pour les assurés :
- Vérifier la caisse de pension et son quota d'actions (informations dans le certificat de prévoyance)
- Évaluer un changement si la caisse détient <25 % d'actions
- Les jeunes actifs devraient soutenir des risques plus élevés
Pour les conseils de fondation et la gestion des caisses :
- Analyser les stratégies de couverture (1 % de coûts vs. 3–5 % de potentiel de rendement)
- Introduire des portefeuilles adaptés à l'âge (possible même pour les caisses hétérogènes)
- Augmenter la transparence sur les coûts d'opportunité de rendement
Pour les politiques et les régulateurs :
- Réforme LPP : clarifier les règles de participation au redressement des pensionnés (augmenter la capacité de risque)
- Créer des incitations à la fusion (réduire les désavantages d'échelle)
- Établir des benchmarks par rapport au Danemark/Scandinavie
Pour les médias et le public :
- Thématiser le « rendement entrant » comme cas de dommage (pas seulement les pertes en valeur comptable)
- Communiquer sur la perspective à long terme vs. la volatilité à court terme
Assurance qualité et vérification des faits
- [x] Chiffres centraux vérifiés (quotas d'actions, rendements 1985–2024, valeurs de comparaison danoises)
- [x] Citations et déclarations des experts nommés validées (Hens, Skaanes, Zimmermann)
- [x] Arguments structurels (responsabilité civile, risque de déficit, taux de couverture) factuellement corrects
- [x] Comparaisons internationales (Norvège, Danemark) recherchées et confirmées
- [x] Calcul de scénario (8,4 milliards CHF avec +1 % d'actions) peut être reproduit
- ⚠️ Déclaration non confirmée : « Usine à rentes créée en 2019 pour les pensionnés Jelmoli » – citation source nécessaire
- ⚠️ Avertissement de biais : l'article argumente fortement en faveur des actions ; les contre-arguments (endettement des générations, redistribution équitable entre générations) ne sont pas mentionnés
Recherche complémentaire
Département fédéral de l'intérieur (DFI) – Statistique des caisses de pension 2024
Données officielles sur la structure des actifs, les taux de couverture, les rendementsPictet Longterm Study – Performance des classes d'actifs depuis 1985
Base de comparaison des rendements obligations vs. actionsBenchmark PPCmetrics Caisses de pension 2024
Comparaisons de rendements empiriques et différences d'allocationPensionDanmark & Danish Pension Industry Association – Rapport comparatif
Modèle danois, rendements, différences de gouvernanceRapports annuels BVK Zurich & Publica
Études de cas pour les anciennes caisses à démographie conservatricePosition contraire : Association suisse des caisses de pension – Document de position sur la politique de placement
Contre-arguments à la prudence de risque (le cas échéant)
Références bibliographiques
Source primaire :
« Les caisses de pension investissent de manière conservatrice – "On se fait dépouiller dans son sommeil" » – Tages-Anzeiger, Auteur : Armin Müller, 10.01.2026
Sources complémentaires :
- Zürcher Kantonalbank – Étude suisse sur les caisses de pension (Francesca Pitsch)
- Pictet – Longterm Study on Asset Class Performance (1985–2024)
- Swisscanto – Données des gestionnaires de patrimoine sur la composition des rendements (règle 40/35/25)
- PensionDanmark – Rapports de rendement 2015–2024
- Radio SRF « Echo der Zeit » – Entretien Stephan Skaanes (PPCmetrics)
- UBS Sorgenbarometer – Préoccupations en matière de prévoyance retraite de la population suisse
Statut de vérification : ✓ Faits et chiffres vérifiés le 15.01.2026
Bas de page (avertissement de transparence)
Ce texte a été créé avec le soutien de Claude (Anthropic).
Responsabilité rédactionnelle : clarus.news | Vérification des faits : 15.01.2026 | Auteur original : Armin Müller (Tages-Anzeiger)