Politique de santé suisse : Transfert de coûts au lieu de réforme structurelle – une critique libérale

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Résumé

Lors de la session de printemps 2026, le Parlement suisse a fait progresser deux mesures de politique de santé : L'augmentation de la franchise minimale de 300 à 400 francs (consultation depuis le 13 mars 2026, Motion Friedli 24.3636) et l'introduction d'une taxe d'urgence facultative de 50 francs (Conseil national, 96:91 voix, 18 mars 2026). Les deux instruments transfèrent les coûts du côté de la demande – sur les patientes et patients. Les réformes structurelles du côté de l'offre – système de prix de référence, modèles de coordination, ajustement tarifaire – restent politiquement bloquées. L'assurance de base a payé au total 42,2 milliards de francs en 2024 pour les prestations médicales.

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Thèmes

  • Maîtrise des coûts et responsabilité individuelle
  • Politique de franchise et évolution des primes
  • Médecine d'urgence et taxes d'orientation
  • Asymétrie de lobby dans le système de santé
  • Réformes de l'offre vs. pilotage de la demande

Clarus Lead

Les deux projets montrent un schéma commun : Le Parlement choisit la voie de la moindre résistance politique. Franchise et taxe d'urgence pèsent de manière diffuse sur tous les assurés, tandis que les interventions structurelles chez les fournisseurs de prestations et l'industrie pharmaceutique échouent depuis des années face à des intérêts organisés. D'un point de vue libéral, le résultat est paradoxal : Les deux mesures interfèrent dans la décision de santé individuelle, mais ne créent pas de marché fonctionnel – parce qu'elles n'établissent ni transparence des prix ni véritable concurrence. L'économie de coûts de l'augmentation de franchise (près de 300 millions CHF) correspond à moins d'un pour cent des coûts totaux de l'AOS – avec simultanément une croissance des coûts supplémentaires de 2,3 milliards de francs rien qu'entre 2023 et 2024.

Résumé détaillé

Vérification des faits : Qu'est-ce qui est juste, qu'est-ce qui ne l'est pas ?

L'article clarus.news sur l'augmentation de franchise cite l'étude d'efficience de l'OFSP comme « étude d'office fédéral de 2020 ». Correct est : L'étude d'INFRAS et de la Haute école zurichoise des sciences appliquées a été publiée en 2019 et se base sur des données de l'année 2016. L'ordre de grandeur de 7 à 8,4 milliards de francs de potentiel d'efficience (16–19 pour cent des prestations AOS) est confirmé par la NZZ et l'Observateur. L'OFSP a toutefois déclaré qu'il ne pouvait pas chiffrer combien avait été réalisé depuis. Le chiffre a donc perdu en précision en une décennie.

L'affirmation que les génériques suisses coûtent le double de l'étranger est étayée par le Surveillant des prix et les données de l'OFSP. Pour les 20 principes actifs au plus fort chiffre d'affaires, la majoration est selon le Surveillant des prix de 165 pour cent en moyenne par rapport à 15 pays européens de comparaison. Le Conseil national a rejeté le système de prix de référence en octobre 2020, le Conseil des États l'a confirmé en décembre 2021 – pas en 2026, comme le suggère la chronologie dans l'article.

Concernant la taxe d'urgence : Le résultat du vote (96:91, 3 abstentions) et la coalition (PVL, PLR, UDC pour ; Centre, PS, Verts contre) sont corrects. L'article clarus.news ne mentionne cependant pas que le Conseil fédéral, la majorité des cantons et l'association hospitalière H+ rejettent explicitement la taxe. Cette omission affaiblit la profondeur analytique, car le rejet par les acteurs de mise en œuvre est central pour l'évaluation de l'efficacité.

La question fondamentale libérale : Incitations ou alibi ?

Un système de santé fonctionnel a besoin de signaux de prix. L'augmentation de franchise de 100 francs envoie un signal faible : Pour les malades chroniques et les assurés âgés – 45 pour cent des adultes choisissent la franchise minimale – la structure d'incitation change peu, car ils épuisent de toute façon leur franchise. Cela ne fait que déplacer 100 francs par an du financement solidaire vers la charge directe. Le véritable levier libéral – concurrence du côté de l'offre par les prix de référence, importations parallèles, rémunération des pharmacies orientée sur les prestations – a été systématiquement atténué.

La taxe d'urgence illustre le même problème en miroir : Les 50 francs sont conçus comme taxe d'orientation, mais sans définition de « cas bagatelle » (ce critère avait déjà échoué en 2017 à la mise en œuvre) la taxe devient forfaitaire. L'association hospitalière H+ la qualifie d'« impratique et inefficace ». La liberté de choix cantonale lors de l'introduction crée une fragmentation – et le risque d'un shopping cantonal, dont met en garde la conseillère nationale PS Farah Rumy.

Ce qui manque : L'agenda de réforme tu

À la table ronde sur la maîtrise des coûts (novembre 2024), cantons, médecins, hôpitaux, assureurs et pharma se sont accordés sur 38 mesures avec un potentiel d'économie annuel d'environ 300 millions de francs. En comparaison : Les coûts AOS ont augmenté en 2024 à 42,2 milliards de francs – l'économie correspond à 0,7 pour cent. Les coûts de médicaments seuls s'élevaient en 2024 à 9,2 milliards de francs, une augmentation de 15 pour cent au-dessus de la moyenne des autres prestations. Un système de prix de référence aurait rapporté selon l'estimation du Conseil fédéral 300 à 500 millions de francs annuellement – mais a été bloqué par une coalition du conseiller national UDC Thomas de Courten (en même temps président de l'association Intergenerika) et des lobbyistes pharma.

Messages clés

  • Les deux mesures (franchise +100 CHF, taxe d'urgence 50 CHF) transfèrent les coûts du côté de la demande, sans forcer des gains d'efficience structurels.
  • Les économies (env. 300 mio CHF par la franchise) sont marginales face à la croissance des coûts (+2,3 mrd CHF en un an) et aux potentiels d'efficience identifiés (7–8,4 mrd CHF).
  • Le Parlement bloque systématiquement les réformes de l'offre (système de prix de référence, modèles de coordination), qui chargeraient les fournisseurs de prestations organisés.
  • La taxe d'urgence est rejetée par le Conseil fédéral, les cantons et l'association hospitalière H+ et menace d'échouer à la mise en œuvre cantonale.

Questions critiques

  1. Évidence/Qualité des données : L'étude INFRAS/ZHAW de 2019 estime le potentiel d'efficience à 7–8,4 mrd CHF, mais l'OFSP ne peut toujours pas chiffrer combien en a été réalisé. Ce chiffre est-il encore une boussole appropriée pour la politique de réforme ?

  2. Conflits d'intérêts : Le conseiller national UDC Thomas de Courten a dirigé l'opposition parlementaire contre le système de prix de référence et est simultanément président d'Intergenerika, l'association professionnelle des fabricants de génériques. Comment la commission d'éthique parlementaire évalue-t-elle de tels doubles rôles lors de votes avec référence financière directe ?

  3. Causalité : L'augmentation de franchise présuppose que des participations plus élevées mènent à moins de consultations médicales inutiles. L'étude OCDE de 2019 montre que la Suisse avec 4,3 consultations médicales par personne se trouve déjà à la place 25 sur 34 pays. Où se trouve exactement le potentiel de réduction quantitative ?

  4. Justice/Effets secondaires : 45 pour cent des adultes – de manière disproportionnée âgés et malades chroniques – ont la franchise minimale. Si ce groupe épuise de toute façon sa franchise, l'augmentation agit comme pure charge supplémentaire sans changement de comportement. Un effet de renonciation naît-il en prévention et dépistage précoce ?

  5. Faisabilité : La taxe d'urgence avait déjà échoué en 2017 à la définition « cas bagatelle ». La solution actuelle remplace la définition par un forfait. Comment les hôpitaux doivent-ils vérifier les exceptions (statut franchise, grossesse, renvoi) à l'accueil en temps réel, sans augmenter les frais administratifs que le Conseil fédéral nomme comme point critique principal ?

  6. Conflits d'intérêts (Médias) : L'article de l'Observateur, qui sert de source primaire à l'article franchise, lie son analyse à une pétition propre pour la « participation des payeurs de primes ». S'agit-il encore de journalisme indépendant ou de travail de campagne ?

  7. Causalité/Contre-hypothèse : L'augmentation des coûts 2023–2024 (+2,3 mrd CHF) est-elle principalement due à la suroffre de soins – ou la démographie, le renchérissement (répercuté pour la première fois depuis des années sur les tarifs) et les extensions du catalogue de prestations stimulent-elles la dynamique ?

  8. Alternative systémique : Si la table ronde avec tous les acteurs n'a pu réaliser que 300 mio CHF d'économies – la gouvernance du système de santé suisse (corporatisme avec droit de veto de tous les acteurs) est-elle alors elle-même le problème structurel ?


Bibliographie

Articles clarus.news analysés :

  1. Franchiseerhöhung in der Schweiz: Sparpaket auf dem Rücken der Vulnerablen – clarus.news, 26.03.2026

  2. Notfallgebühr im Spital: Knapper Nationalratsbeschluss zu 50-Franken-Zuschlag – clarus.news, 27.03.2026

Sources primaires vérification des faits :

  1. Bundesrat: Vernehmlassung Erhöhung Mindestfranchise – BAG, 13.03.2026

  2. Nationalrat will 50-Franken-Gebühr beim Besuch eines Spitalnotfalls – SRF News, 18.03.2026

  3. Kostengruppen OKP 2024 (42,2 Mrd. CHF) – Priminfo/BAG

  4. Schweizer Gesundheitswesen: Ruppiger Anstieg der Kosten (INFRAS/ZHAW-Studie 2019) – NZZ, 06.10.2022

  5. Parlament lehnt Referenzpreissystem bei Generika ab – SWI swissinfo.ch, 09.12.2021

  6. Kostenwachstum gemeinsam dämpfen (Runder Tisch 300 Mio.) – Soziale Sicherheit CHSS, 18.12.2025

  7. Medikamentenpreise auf Rekordhoch (9,2 Mrd. CHF) – watson.ch, 30.01.2026

Statut de vérification : ✓ 2026-03-30