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Le modus vivendi brisé : Pourquoi le parler franc de Parmelin renforce justement l'argument libéral en faveur des Bilatérales III

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clarus.news | Analyse | 18 mai 2026

Le président de la Confédération Guy Parmelin a pour la première fois publiquement parlé «franc» avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen dans la «Samstagsrundschau» de la SRF du 16 mai 2026. Deux décisions de Bruxelles – le doublement des droits de douane sur l'acier à 50 pour cent dès le 1er juillet et un changement de réglementation concernant les coûts de chômage des frontaliers pouvant atteindre 900 millions de francs par an – violent le «Modus Vivendi» signé le 24 juin 2025 par le conseiller fédéral Ignazio Cassis et le commissaire européen Maroš Šefčovič. La conclusion évidente semble être : qui ne peut faire confiance à l'UE ne devrait pas conclure de nouveaux traités avec elle. Mais cette logique inverse la causalité. Une lecture libérale-radicale arrive à la conclusion opposée.


Ce qui s'est passé

Le 2 mars 2026, Parmelin a signé à Bruxelles le nouveau paquet de traités suisse avec l'UE – les soi-disant Bilatérales III. Dix semaines plus tard, la même Commission européenne a pris deux décisions qui sont selon les mots du président de la Confédération «inacceptables» pour la Suisse :

Premièrement, la Suisse ne sera pas exemptée des mesures de sauvegarde renforcées de l'UE sur l'acier. Dès le 1er juillet 2026, les droits de douane sur les produits sidérurgiques suisses doublent de 25 à 50 pour cent, et les volumes d'importation hors droits sont environ réduits de moitié. La fédération Metalswiss met en garde contre le «coup fatal» à la branche.

Deuxièmement, selon un changement de réglementation européenne prévu, la Suisse devrait à l'avenir assumer intégralement l'indemnisation du chômage pour les frontaliers. Le Secrétariat d'État à l'économie (SECO) estime les coûts supplémentaires entre 600 et 900 millions de francs par an.

Les deux décisions contredisent un engagement politique de l'UE. Dans le «Modus Vivendi» du 24 juin 2025, Berne et Bruxelles s'étaient engagées sur un «fonctionnement sans heurts» de leur partenariat – un accord de statu quo pour la phase pendant laquelle le Parlement suisse examine le paquet de traités. Parmelin a interpellé von der Leyen début mai en marge du sommet de la Communauté politique européenne à Erevan : «Attention, parce que cela peut aussi devenir un but contre votre camp, ce que vous faites.»

Le constat de Tschäni : Pacta sunt servanda – dans les deux sens

Sur LinkedIn, Hanspeter Tschäni – ancien ambassadeur et jusqu'en 2012 chef du secteur Droit économique international au SECO – a précisément analysé l'incident : «C'est de la mauvaise politique de confronter un partenaire avec qui on a conclu un contrat avec de telles mesures, sans chercher le dialogue.» Tschäni a participé dans cette fonction à de nombreuses négociations de la Suisse et de l'AELE ; son jugement n'est pas celui d'un perdant vexé, mais celui d'un négociateur qui connaît les mécanismes bruxellois.

Mais la phrase décisive suit immédiatement après : «Ce sont précisément les relations construites avec les Bilatérales qui permettent à la CH de s'opposer à de telles décisions. Le président de la Confédération a entrepris une démarche importante et juste dans cette direction.»

Cette différenciation est le cœur d'une position libérale. Le respect des contrats n'est pas une aumône que la partie la plus forte accorde à la plus faible. C'est le fondement sur lequel on peut négocier. Si l'UE viole le modus vivendi, c'est un problème pour l'UE – pas un argument contre les traités avec l'UE. L'intervention de Parmelin à Erevan n'a été possible que parce qu'il existe un traité dont il peut prouver la violation.

Le contexte européen : Les droits de douane sur l'acier sont une réaction, pas une agression

Une analyse honnête doit reconnaître ce qui est volontiers omis dans l'indignation suisse : les droits de douane européens sur l'acier sont principalement une réaction aux droits Section-232 américains, pas une mesure dirigée contre la Suisse.

Les États-Unis prélèvent depuis le 4 juin 2025 un droit punitif de 50 pour cent sur les importations d'acier et d'aluminium ; avec la proclamation Trump du 2 avril 2026, la base de calcul a en outre été étendue de la teneur en métal à la pleine valeur en douane. L'acier qui ne peut être exporté vers les États-Unis cherche des débouchés européens – et l'UE défend avec ses mesures de sauvegarde précisément cette industrie nationale qui souffre de l'effet de détournement. Cette logique n'est pas anti-suisse, mais de politique industrielle.

Le conseiller national PLR Simon Michel, CEO d'Ypsomed et l'un des partisans les plus en vue du paquet de traités, l'a formulé sobrement dans le débat contradictoire NZZ du 6 mars 2026 : «L'UE n'introduit pas les droits de douane sur l'acier de son propre chef, mais en réaction aux droits américains. Je suis confiant qu'elle nous accordera une exception. La ministre allemande de l'Économie a déjà promis son aide.» Cette confiance s'est relativisée depuis le 16 mai – l'UE renvoie la Suisse à la procédure OMC au lieu de négociations bilatérales. Mais le constat de base de Michel demeure : nous jouissons à Berlin, Rome et Paris de beaucoup de bienveillance. Le mur se dresse à Bruxelles, pas dans les capitales.

Cela ne décharge pas la Commission européenne. Du modus vivendi découle une obligation de consultation, pas une renonciation aux mesures de sauvegarde. C'est précisément cette consultation qui a été omise. Mais cela réfute l'idée que Bruxelles planifie systématiquement contre la Suisse. Qui invoque l'«avant-goût» qui suivrait soi-disant dès que les traités seront bouclés, projette une intention qui n'est pas démontrable dans les décisions sur l'acier.

Le contre-argument des sceptiques – et pourquoi il est insuffisant

Le «Réseau libéral» écrit sur LinkedIn qu'il est «naïf de croire que l'UE agira dans l'intérêt de la Suisse dès que les traités seront bouclés. Les exemples cités sont probablement un avant-goût». La position est cohérente en interne – mais elle inverse le rapport de cause à effet.

Trois faits sont difficiles à intégrer dans ce récit :

1. Sans modus vivendi, il n'y aurait pas de scandale. Parmelin peut reprocher à l'UE quelque chose d'«inacceptable» parce qu'il existe un engagement de statu quo convenu par écrit qui a été violé. Sans cet engagement, l'UE serait en droit de traiter la Suisse comme tout autre État tiers – avec des droits maximaux, sans consultation, sans procédure d'arbitrage. L'indignation sur la rupture de contrat présuppose l'existence du contrat.

2. Le statut d'État tiers est la position la moins bonne. Sans les Bilatérales III, la Suisse serait passée avec ses exportations d'acier de hors droits (aujourd'hui) à 50 pour cent – et n'aurait même pas la procédure de quotas OMC, mais seulement des fixations unilatérales de l'UE. Pour les frontaliers, la Suisse serait entièrement soumise aux réglementations européennes, sans le «Comité mixte» de l'accord de libre circulation des personnes, dans lequel Parmelin peut maintenant annoncer des «discussions difficiles».

3. Le règlement des différends est intégré au nouveau paquet. Ce qui manque dans le modus vivendi – des procédures juridictionnelles au lieu de déclarations politiques – se trouve dans les Bilatérales III. Qui critique l'actuelle faiblesse de la position suisse devrait logiquement être pour une base contractuelle plus forte, pas contre elle.

Walter Bornhauser a formulé sur LinkedIn ce que beaucoup ressentent : «Bravo pour votre courage Monsieur Parmelin. (...) Nous avons besoin d'hommes et de femmes d'État qui représentent également notre peuple comme notre économie vers l'extérieur. Il faut des messages et des positions clairs qui doivent être défendus.» C'est juste – et le traité co-signé par Parmelin est précisément la position qui est maintenant défendue.

L'asymétrie que les deux camps négligent

Il y a un aspect que ni les partisans ni les opposants aux Bilatérales III ne pondèrent suffisamment : l'asymétrie structurelle entre une UE de 27 États membres et une Suisse de 8,9 millions d'habitants. Cette asymétrie ne disparaît ni par les traités ni par le renoncement aux traités. Elle devient seulement plus prévisible par les traités.

La décision européenne sur les droits de douane sur l'acier est – lue en termes d'économie politique – un problème bruxellois classique : une direction générale Commerce réagit aux droits américains, une direction générale Concurrence défend le marché intérieur, et l'instance politique suprême ne coordonne pas suffisamment avec l'accord de statu quo pour la Suisse. Ce n'est pas de la méchanceté, mais une réalité bureaucratique d'entités comptant cinquante mille fonctionnaires.

C'est précisément contre cette asymétrie qu'aident les procédures contraignantes. Les Bilatérales III contiennent pour la première fois un mécanisme de tribunal arbitral qui complète les déclarations politiques comme le modus vivendi. Qui vit aujourd'hui impuissant comment la Commission européenne modifie unilatéralement des réglementations devrait s'intéresser davantage aux Bilatérales III – pas les rejeter.

Conclusion : La rupture de contrat de l'une ne justifie pas le renoncement au contrat de l'autre

La position libérale-radicale dans la situation actuelle est claire : le parler franc de Parmelin est justifié, la différenciation de Tschäni touche le cœur, la classification de Michel reste valable. Les droits de douane européens sur l'acier et la réglementation sur les frontaliers sont des réactions d'une bureaucratie asymétrique à une onde de choc externe (le régime douanier de Trump) – et elles violent le modus vivendi. Les deux constats sont simultanément vrais.

Qui tire de cette situation la conclusion de rejeter les Bilatérales III néglige : le bouclier que Parmelin a brandi à Erevan n'est pas la souveraineté suisse en soi, mais la base contractuelle de consultation et de procédure sécurisée. Sans ce bouclier, la Suisse ne serait pas plus forte, mais plus démunie.

Le réflexe radical depuis plus de deux siècles est : fiabilité, contrats, procédures. En mai 2026, cela signifie travailler simultanément sur trois points – nommer la violation de contrat de l'UE, ratifier les Bilatérales III et accélérer la stratégie de diversification (Mercosur, Inde, CCG). L'indignation seule n'est pas une politique extérieure.

Pacta sunt servanda – ce principe vaut pour Bruxelles comme pour Berne. Et il n'est pas une raison d'éviter les contrats, mais la seule raison pour laquelle on les conclut.


Cette contribution se base sur l'interview du président de la Confédération Guy Parmelin dans la Samstagsrundschau de la SRF du 16 mai 2026 avec Philipp Burkhardt, les reportages NZZ de Christina Neuhaus, Fabian Schäfer, Antonio Fumagalli et Katharina Fontana ainsi que la discussion LinkedIn du 16/17 mai 2026.

Sources :