Auteur : kmu.admin.ch Source : kmu.admin.ch

Résumé exécutif

Les entreprises et les autorités suisses dépendent de plus en plus des grands groupes technologiques comme Microsoft et Google. L'expert Matthias Stürmer de l'Institut pour la transformation du secteur public plaide pour un recours accru aux logiciels open source afin de renforcer la souveraineté numérique. Des entreprises suisses comme Infomaniak, Phoenix et Proton proposent déjà des alternatives compétitives. Stürmer souligne que l'État doit jouer un rôle de précurseur pour diversifier le marché et éviter le verrouillage des fournisseurs. La loi fédérale sur les moyens électroniques oblige désormais les autorités fédérales à publier les logiciels qu'elles développent en open source.

Personnes

  • Matthias Stürmer (Directeur de l'Institut Public Sector Transformation, Haute école spécialisée bernoise)

Thèmes

  • Souveraineté numérique
  • Logiciels open source
  • Verrouillage des fournisseurs
  • Dépendances informatiques
  • Numérisation du secteur public

Clarus Lead

Les tensions géopolitiques mondiales accentuent le débat sur l'indépendance numérique. La Suisse dispose d'un écosystème émergent de solutions informatiques européennes qui peuvent être immédiatement utilisées par les autorités et les entreprises – mais les lacunes structurelles en matière d'investissement exigent des interventions étatiques coordonnées. Tandis que le Land allemand du Schleswig-Holstein économise des millions en passant à des alternatives open source, le secteur public suisse a investi près de 3 milliards de francs en dix ans dans des licences propriétaires. Le cadre réglementaire a évolué : les nouvelles obligations légales rendent les développements fédéraux désormais accessibles au public et catalysent un écosystème d'innovation décentralisé.

Résumé détaillé

La dépendance à l'égard des logiciels propriétaires est renforcée par les stratégies dites de verrouillage des fournisseurs, dans lesquelles les fournisseurs rendent délibérément leurs solutions incompatibles avec d'autres systèmes. Cela rend un changement de fournisseur considérablement plus coûteux ou impossible. Le logiciel open source offre, en revanche, la transparence du code source, la souveraineté des données et la flexibilité dans le choix des fournisseurs – des éléments centraux de la souveraineté numérique.

Stürmer cite des exemples pratiques : la Cour fédérale suisse utilise Linux et LibreOffice depuis plus de 20 ans ; elle a également développé OpenJustitia, sa propre solution open source pour la gestion des dossiers judiciaires. Ces modèles établis démontrent la viabilité à grande échelle. Cependant, l'écosystème suisse est bien en retard en matière d'investissements par rapport aux États-Unis et à la Chine. La solution réside dans la coopération et la mise en réseau des acteurs suisses existants – par exemple via le Réseau Souveraineté numérique Suisse – afin de regrouper des solutions spécialisées en offres complètes.

L'argument des coûts est souvent invoqué contre l'open source. Stürmer le conteste : les investissements de migration sont rentables à long terme. Le Schleswig-Holstein a investi 9 millions d'euros dans la transition et économise depuis 15 millions d'euros par an. L'État doit prendre l'initiative – non pas par l'autarcie, mais par la demande stratégique, qui catalyse les innovations privées. La nouvelle loi fédérale sur les moyens électroniques ancre cette logique juridiquement : les logiciels financés par les fonds publics deviennent une ressource que les entreprises informatiques privées peuvent réutiliser et commercialiser. Cela crée des effets de réseau positifs et une diversification durable du marché.

Points clés

  • La souveraineté numérique exige des codes source ouverts, le contrôle des données et la possibilité de changer de fournisseur
  • Les PME suisses peuvent aujourd'hui compter sur des alternatives nationales compétitives à Microsoft/Google
  • Le verrouillage des fournisseurs par les logiciels propriétaires coûte durablement des milliards au secteur public suisse
  • Le rôle de précurseur de l'État et la coopération entre les acteurs sont nécessaires pour diversifier le marché
  • Les nouvelles lois ancrent la publication en open source des développements fédéraux et permettent la réutilisation commerciale privée

Questions critiques

  1. Preuves : Stürmer cite le Schleswig-Holstein comme exemple d'économies (9 millions EUR d'investissement, 15 millions EUR d'économies p.a.). Existe-t-il des données à long terme comparables de la Suisse ou d'autres pays de l'UE qui confirment cette expectative de ROI ?

  2. Conflits d'intérêts : Stürmer dirige plusieurs organisations (instituts, Digital Impact Network, CH Open). Quels sont les incitations commerciales ou idéologiques qui pourraient influencer son évaluation des avantages de l'open source ?

  3. Causalité : Un passage du secteur public à l'open source conduit-il effectivement à une diversification du marché, ou crée-t-il de nouveaux verrouillages auprès d'autres fournisseurs ? Quelles alternatives à la promotion de l'open source (p.ex. régulation de l'interopérabilité) pourraient produire des effets comparables ?

  4. Faisabilité : La loi fédérale oblige à la publication des développements fédéraux. Est-il réaliste que des entreprises privées commercialisent réellement ces codes si des fonds fédéraux en ont déjà financé le développement ?

  5. Sécurité des données : La transparence open source peut révéler des failles de sécurité, mais suppose également une qualité de mise en œuvre. Comment la Suisse s'assure-t-elle que les migrations à bas coût ne conduisent pas à des déficits de sécurité ?

  6. Concentration du marché : Stürmer mentionne que les investissements de l'écosystème suisse ne sont pas comparables à ceux des États-Unis/Chine. Une stratégie de réseau peut-elle vraiment combler ce fossé structurel, ou l'Europe restera-t-elle durablement dépendante ?


Références bibliographiques

Source primaire : Souveraineté numérique : « Le secteur public doit donner l'exemple en matière informatique » – Secrétariat d'État à l'économie (SECO)

Statut de vérification : ✓ 2025


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