Auteur : nzz.ch Source : nzz.ch Date de publication : 11.07.2026
Résumé exécutif
Les deepfakes sexualisés générés par l'IA se propagent de manière exponentielle – passant de 500 000 contenus en 2023 à 8 millions en 2025. 99 % des personnes représentées sont des femmes. L'experte suisse en protection des données Jutta Oberlin avertit : les autorités ne peuvent pas supprimer durablement les contenus une fois diffusés. La loi pénale suisse n'offre qu'une protection fragmentaire ; une infraction pénale spécifique pour les deepfakes sexualisés fait défaut. Le cas médiatisé de la présentatrice allemande Collien Fernandes illustre l'ampleur du problème.
Personnes
- Jutta Oberlin (experte en protection des données, juriste ; Google)
- Collien Fernandes (présentatrice allemande ; victime)
- Sarah von Hoyningen-Huene (ancienne procureure ; co-auteure)
Thèmes
- Deepfake-pornographie et violence numérique
- Lacunes juridiques en droit pénal
- Responsabilité des plateformes et régulation
- Violence basée sur le sexe en ligne
Clarus Lead
Le problème n'est plus marginal : les autorités buttent sur les limites de la lutte contre les deepfakes sexualisés. Alors que l'UE cherche à interdire et que le Conseil national suisse soutient les demandes correspondantes, Oberlin révèle la vérité inconfortable – techniquement et juridiquement, c'est déjà « sans espoir ». La disparité entre l'activisme politique et l'applicabilité réelle marque une nouvelle dimension de la violence numérique, qui met la législation et les plateformes sous pression.
Résumé détaillé
L'ampleur de la diffusion a augmenté dramatiquement. Oberlin souligne l'augmentation 260 fois de la pornographie enfantine générée par l'IA entre 2024 et 2025. Chez les adultes, le chiffre noir est encore plus important : de nombreuses victimes ne savent même pas que ce matériel existe les concernant. Cinq influenceuses suisses ont révélé publiquement en 2026 que des images nues contrefaites ont été diffusées sur des forums Telegram – les réactions ont montré un phénomène de masse.
Oberlin identifie la deepfake-pornographie comme une nouvelle forme d'exercice du pouvoir envers les femmes. Elle explique le contexte psychologique : les jeunes femmes sont aujourd'hui plus autonomes et rejettent les partenariats traditionnels. Pour les hommes qui considèrent les femmes comme des objets, la technologie offre un moyen simple d'exercer le pouvoir. Ce n'est pas seulement une question technique, mais une question de société.
La situation juridique suisse est insuffisante. Il n'existe pas d'infraction pénale spécifique pour les deepfakes sexualisés. Les articles existants comme « usurpation d'identité » ont été créés pour des cas tout à fait différents (par exemple, la fraude à l'arnaque du faux héritier) et ne couvrent pas la composante sexuelle. Oberlin demande une qualification de la loi avec une peine plus élevée. Les deepfakes de pornographie enfantine sont poursuivis (délit d'office), mais pour le matériel pour adultes, la pornographie est fondamentalement autorisée – les victimes doivent déposer plainte, ce que beaucoup ne font pas parce qu'elles ne savent même pas que le matériel existe.
Les plateformes portent une responsabilité considérable. Elles ont créé les moyens techniques sans mécanismes de sécurité appropriés. Oberlin critique : les entreprises investissent dans le développement de produits et la croissance, pas dans la conformité et la protection des utilisateurs. L'UE prévoit une obligation de signalement ; la Suisse ne l'a pas. Une limite technique (télécharger des photos uniquement avec consentement) serait judicieuse, mais est actuellement difficile à mettre en œuvre.
Quant à l'application d'une interdiction, Oberlin reste sceptique : la technologie est déjà répandue, et les auteurs trouveront des moyens – même sur le darknet – de créer des deepfakes. Le droit traîne loin derrière la technologie. Les lois doivent être formulées de manière technologiquement neutre (comme le règlement IA de l'UE), ce qui complique cependant les réglementations concrètes.
Un aspect important : les deepfakes touchent les femmes de manière disproportionnée, non seulement parce qu'elles sont plus souvent des cibles, mais aussi parce que la société associe la honte à cela. Avec les hommes politiques (Obama, Trump), le matériel est souvent considéré comme amusant. Oberlin y voit un discours de genre : les lois peuvent aider à créer une conscience de la honte chez les auteurs – mais seulement si les victimes les utilisent et déposent plainte, ce qui demande du courage.
Déclarations clés
- Phénomène de masse : 8 millions de deepfakes sexualisés en 2025 (99 % femmes) ; les autorités ne peuvent pas supprimer durablement les contenus diffusés.
- Lacune juridique Suisse : Pas d'infraction pénale spécifique ; le paragraphe usurpation d'identité ne couvre pas la composante sexuelle ; les faux de pornographie enfantine sont poursuivis, le matériel pour adultes ne l'est pas.
- Plateformes comme catalyseur : Les entreprises n'investissent pas dans la conformité et la protection des utilisateurs ; l'obligation de signalement (comme aux États-Unis pour la pornographie enfantine) fait défaut en Suisse.
- Violence basée sur le sexe : Les deepfakes sont un exercice du pouvoir ; les femmes subissent la honte, les hommes souvent non – asymétrie juridique et culturelle.
- Application sceptique : L'interdiction seule n'aide pas ; la technologie est déjà répandue ; les lois doivent être technologiquement neutres et traîner après l'innovation.
Questions critiques
Validité des sources : Oberlin cite 8 millions de deepfakes en 2025 et une augmentation 260 fois de la pornographie enfantine générée par l'IA 2024–2025 – ces chiffres proviennent-ils d'organisations indépendantes (Internet Watch Foundation), ou existe-t-il d'autres estimations qui s'écartent considérablement ?
Conflits d'intérêts : Oberlin a longtemps travaillé chez Google et publie académiquement. Dans quelle mesure ses connexions antérieures ou actuelles avec les entreprises technologiques influencent-elles son évaluation de la responsabilité des plateformes et des solutions techniques ?
Causalité – Genre : Oberlin soutient que les deepfakes sont un exercice du pouvoir envers les femmes parce que les jeunes femmes sont plus autonomes. Le problème pourrait-il aussi s'expliquer par d'autres facteurs (anonymat, impunité, facilité technique) indépendamment de l'aspect du sexe ?
Faisabilité – Darknet : Oberlin explique que les lois sont inefficaces parce que les auteurs se réfugient sur le darknet. Cela contredit-il sa propre demande de durcissement des lois ? Sous quelles conditions elle-même considérerait-elle une interdiction comme efficace ?
Responsabilité des plateformes – Faisabilité technique : Elle critique le fait que les plateformes n'implémentent pas de système de téléchargement avec consentement. Quelle est la faisabilité technique et juridique de cette solution, et qui effectuerait la vérification du consentement ?
Biais des victimes : L'article s'appuie fortement sur les déclarations d'Oberlin. Combien de personnes affectées ont été interrogées ? La perspective des autorités chargées de l'application de la loi ou des entreprises technologiques est-elle représentée ?
Comparabilité – Pays : Oberlin mentionne les plans de l'UE et les cas allemands, mais peu de réglementations concrètes dans d'autres pays. Y a-t-il des pays qui ont déjà des infractions pénales fonctionnelles, et que peuvent-elles enseigner ?
Chiffre noir : L'article souligne que de nombreuses victimes ne savent pas que du matériel les concernant existe. Comment ce chiffre noir est-il estimé, et une obligation de signalement des plateformes pourrait-elle rendre le problème plus visible (ce qui pourrait être politiquement indésirable) ?
Références
Source primaire : NZZ Gesellschaft – Interview de Jana Schmid et Elena Oberholzer, « Können Behörden einmal verbreitete Deepfakes nachhaltig löschen? ‚Chancenlos', sagt eine Datenschutzexpertin » (https://www.nzz.ch/gesellschaft/koennen-behoerden-einmal-verbreitete-deepfakes-nachhaltig-loeschen-chancenlos-sagt-eine-datenschutzexpertin-ld.10014534)
Sources complémentaires (référencées dans le texte) :
- Internet Watch Foundation – Rapport sur la pornographie enfantine générée par l'IA 2024–2025
- Publications Tamedia – Récits d'expérience de cinq influenceuses suisses (printemps 2026)
- Police cantonale zurichoise – Informations sur l'aide aux victimes et la suppression de contenu
- Initiatives de l'UE sur les deepfakes sexualisés et interdictions prévues
- Conseil national suisse – Décision concernant l'interdiction des deepfakes (2026)
Statut de vérification : ✓ 11.07.2026
Ce texte a été créé avec l'aide d'un modèle d'IA. Responsabilité éditoriale : clarus.news | Vérification des faits : 11.07.2026