WEKO vs. Microsoft – Protection de la concurrence, politique et la question de la souveraineté numérique
Le 15 janvier 2026, le secrétariat de la Commission de la concurrence suisse (COMCO) a annoncé un examen préliminaire en raison d'augmentations de prix considérables chez Microsoft 365. Les entreprises suisses et les organismes publics rapportent depuis des mois des hausses de prix et des modèles de licences plus complexes. La COMCO examine maintenant si une possible position dominante sur le marché est abusée. Communiqué de presse COMCO
Mais cette procédure soulève des questions plus profondes : À quel point la COMCO est-elle indépendante ? Possède-t-elle suffisamment de compétences pour agir efficacement contre les géants mondiaux de l'informatique ? Et quelles alternatives stratégiques la Suisse a-t-elle pour réduire sa dépendance numérique ?
Un regard critique – d'une perspective libérale.
Qui est la COMCO – et quelle est sa mission ?
La Commission de la concurrence (COMCO) est l'autorité centrale pour l'application du droit suisse des cartels. Sa mission comprend :
- la surveillance et l'enquête sur les violations de la concurrence
- l'évaluation des positions dominantes sur le marché
- le contrôle des fusions et coopérations
- la formulation de recommandations aux autorités et au législateur
La COMCO se compose d'une commission de type milicien et d'un secrétariat professionnel qui mène les enquêtes. Formellement, elle est indépendante, mais administrativement rattachée au Département fédéral de l'économie, de la formation et de la recherche (DEFR).
Point critique : La commission est nommée politiquement – ainsi l'indépendance au sens du contrôle technique peut certes être donnée, mais l'influence politique reste structurellement possible.
Influence politique – subtile, mais réelle
Bien que la COMCO soit formellement autonome, l'influence politique reste un facteur réel :
- Les membres sont désignés par le Conseil fédéral.
- Dans la commission siègent aussi des représentants d'associations et de groupes d'intérêts.
- Les lobbies économiques exercent une influence indirecte par la composition des organes.
- Les interventions parlementaires et les révisions du droit des cartels mettent la COMCO sous pression d'attentes politiques.
Question libérale : Une institution dont la direction est déterminée politiquement peut-elle réellement juger de manière indépendante de puissants groupes internationaux ?
La COMCO a-t-elle la compétence d'agir contre Microsoft ?
La question décisive est de savoir si la COMCO dispose d'instruments suffisants pour avoir un impact réel dans un marché informatique dominé mondialement.
Situation juridique – Forces
- Elle peut ouvrir des examens préliminaires et des enquêtes.
- Elle peut prononcer des sanctions, si des violations sont démontrables.
- Elle peut formuler des conditions et exiger de la transparence.
Limites pratiques
- Les marchés numériques sont transfrontaliers, tandis que la COMCO travaille au niveau national.
- Des entreprises comme Microsoft peuvent contrôler globalement les ajustements de leurs modèles de prix.
- La preuve d'abus de pouvoir dans le domaine numérique est techniquement et juridiquement complexe.
- Les procédures durent souvent des années – mais dans l'industrie informatique, les marchés changent au rythme mensuel.
Conclusion : Juridiquement compétente oui, pratiquement limitée.
Secteur public : La dépendance est structurelle
La Confédération, les cantons et les communes s'appuient dans leur grande majorité sur des solutions informatiques propriétaires. Ce degré de concentration conduit à :
- des coûts de changement élevés
- une dépendance structurelle aux modèles de licences
- une souveraineté des données restreinte
- une faible diversité technologique
Ici, la COMCO pourrait certes intervenir de manière symptomatique, mais le problème fondamental est de nature politico-stratégique, non pas de politique de concurrence.
Alternatives open-source – sans nommer de produits
Au lieu d'énumérer des produits individuels, il est plus judicieux de souligner les principes qui rendent les approches open-source attractives dans le secteur public.
1. Indépendance vis-à-vis de fournisseurs individuels
Les solutions open-source évitent la dépendance aux modèles de licences propriétaires et réduisent le risque d'augmentations de prix ou de changements soudains de modèles d'affaires.
2. Transparence et sécurité
Le code source consultable publiquement permet des contrôles de sécurité indépendants, des audits et des adaptations – un avantage pour les données sensibles de l'État.
3. Interopérabilité et standards ouverts
Les protocoles ouverts et les formats de fichiers ouverts préviennent les verrouillages technologiques et facilitent la collaboration entre autorités et prestataires de services.
4. Création de valeur locale
Au lieu de payer des redevances de licences à l'étranger, les prestataires informatiques locaux sont renforcés, qui peuvent assurer la maintenance, le support et le développement.
5. Évolutivité et adaptabilité
Les logiciels open-source peuvent être adaptés aux exigences spécifiques de l'administration suisse – sans dépendance aux feuilles de route mondiales.
La COMCO est-elle responsable de la souveraineté numérique ?
Non – mais elle joue un rôle indirect.
La COMCO doit corriger le pouvoir de marché, non pas façonner la politique technologique. La souveraineté numérique est un objectif politico-stratégique, qui doit être façonné par :
- la stratégie informatique de la Confédération
- les directives d'acquisition
- la politique d'éducation
- les standards de cybersécurité
La COMCO ne peut que réagir, non pas façonner.
Conclusion – ce qui est vraiment nécessaire
L'enquête contre Microsoft est un signal important. Elle montre que l'État n'est pas laissé seul quand un fournisseur exploite son pouvoir de marché.
Mais :
- La COMCO a des moyens limités pour résoudre les dépendances structurelles.
- Une volonté politique est nécessaire pour ancrer plus fortement les approches open-source dans le secteur public.
- La Suisse a besoin d'une indépendance informatique stratégique, pas seulement d'interventions du droit des cartels.
D'un point de vue libéral, cela signifie : Plus de concurrence par des standards ouverts, des technologies transparentes et une véritable liberté de choix – au lieu d'une monoculture par des systèmes propriétaires.