La surveillance dont personne ne veut : pourquoi la lacune dans le contrôle des entreprises proches de la Confédération n'a pas de lobby
clarus.news | Analyse | 8 juillet 2026
Sept prises de position du monde politique et administratif sur la suppression de postes informatiques à La Poste sont disponibles – l'évaluation annoncée de notre demande à la Commission des transports et des télécommunications (CTT) des deux Chambres. Le constat surprend : presque tous rejettent un renforcement de la surveillance financière des entreprises proches de la Confédération – mais chaque voix pour une raison différente. Alors que La Poste lance sous son nouveau chef une suppression « dans les trois chiffres », la lacune de surveillance que nous décrivons depuis juin n'a pas de lobby au Palais fédéral. C'est peut-être précisément cela le véritable constat.
La Poste se restructure – en grand
Ceux qui pensaient que les 60 postes informatiques étaient la fin de l'histoire ont été détrompés fin juin. Dans une interview à la NZZ, le nouveau chef de La Poste Pascal Grieder a annoncé une suppression de postes « au total certainement dans les trois chiffres » – dans le management, l'administration et les frais généraux. Parallèlement, le Conseil fédéral veut limiter les activités du groupe à son cœur de métier. Le commentaire de Grieder sur la liberté entrepreneuriale qui s'amenuise : il en va de lui comme de son chien – qui préfère aussi ne pas être en laisse.
La Poste se trouve ainsi dans la plus grande réorientation stratégique depuis le scandale de CarPostal. Les 60 postes informatiques et l'arrêt de l'expansion à Lisbonne ne sont que la première tranche visible. D'autant plus de poids a la question que nous avons posée aux membres de la CTT des deux Chambres : faut-il renforcer la surveillance financière des entreprises proches de la Confédération ?
Sept voix, un non – et toutes des raisons différentes
Les réponses couvrent l'éventail politique. Et elles forment un schéma remarquable.
Le département propriétaire DETEC, coordonné avec l'Administration des finances, ne voit tout simplement aucun problème : les instruments existants seraient différenciés et efficaces, il n'y aurait pas d'indices d'insuffisance.
Philipp Kutter (Centre/ZH) argumente de manière détendue sur le plan de l'ordre économique : La Poste est « la meilleure au monde » et doit s'adapter au changement technologique. Le conseil d'administration et la direction sont responsables de la stratégie et de sa mise en œuvre – y compris de la question du nombre d'informaticiennes nécessaires et de leur lieu de travail. Il ne voit « aucune raison pour que la politique intervienne ici ».
Josef Dittli (PLR/UR) est le seul à nuancer positivement : pour les entreprises de monopole et de service universel comme La Poste et les CFF, une surveillance ciblée et basée sur les risques par le CDF est justifiée, précisément en cas de gros risques informatiques concentrés. Mais lui aussi rejette une extension généralisée à toutes les entreprises – elle politiserait les risques de gestion d'entreprise.
Michael Töngi (Verts/LU), membre de la CTT et de la Commission de gestion, nomme la construction elle-même : la « position hybride » des entreprises – externalisées mais sciemment non privatisées – a été voulue ainsi par la politique. Le Conseil fédéral pilote via des objectifs stratégiques, la commission est « seulement consultée » ; c'est « parfois frustrant ». Un renforcement du contrôle financier devrait être « discuté globalement et non sur la base de la question de l'externalisation de postes ». Il exige tout de même du propriétaire qu'il définisse des conditions-cadres pour les externalisations informatiques. Et de La Poste qu'elle explique enfin son « service public numérique » : le slogan est parlant, mais ce qui en fait partie reste flou.
David Roth (PS/LU), actif au syndicat Syndicom, devient clair sur le fond : le PS attend la correction et la relocalisation des emplois du Portugal en Suisse. Mais pour la surveillance, il décline : derrière les « convoitises de plus de contrôle » se cache généralement la jalousie de la concurrence envers une entreprise d'État prospère. Une surveillance par le Contrôle fédéral des finances serait « institutionnellement ni appropriée ni admissible ».
Benoît Gaillard (PS/VD) avait déjà exposé dans le rapport intermédiaire pourquoi il considère une couche de contrôle externe supplémentaire comme peu utile – l'essentiel étant les systèmes de contrôle internes et des mandats étatiques clairs et durables.
Baptiste Hurni (PS/NE), conseiller aux États et membre de la Commission des finances et de la Délégation des finances, livre l'argument le plus pointu. Premièrement : la véritable responsabilité du propriétaire réside dans le fait que la Confédération continue d'exiger des dividendes de La Poste – ce qui pousse aux programmes d'économies. Deuxièmement : l'armée est sous contrôle direct de la Confédération et du Contrôle des finances – et là règne le chaos absolu. Ce n'est pas le controlling qui décide d'une bonne gestion, mais la vision stratégique. Quand un membre de la Délégation des finances argumente ainsi, c'est plus qu'une note marginale.
Le Contrôle fédéral des finances lui-même a renoncé à prendre position suite à notre demande.
L'arithmétique de la surveillance
Que la surveillance de La Poste existe juridiquement est incontesté – la norme décisive est l'article 8 de la loi sur le Contrôle des finances, dont la formulation délibérément ouverte n'a expressément pas voulu être restreinte par la Délégation des finances. La question est la densité factuelle. Et celle-ci peut être lue dans les documents publics.
Le programme annuel 2026 du CDF comprend environ 170 audits, celui de 2025 environ 180. L'accent est mis comme prévu sur l'administration fédérale centrale ; le seul audit des comptes de l'État mobilise près de mille jours d'audit par an. La Poste n'apparaît que sporadiquement dans ces programmes, typiquement dans des audits transversaux – par exemple sur le Business Continuity Management chez Postfinance, Swiss Post Solutions et CarPostal. Pour un groupe avec une banque d'importance systémique, des infrastructures numériques critiques comme le vote électronique et le dossier électronique du patient, et une restructuration du groupe en cours, la densité d'audit est faible – ce n'est pas un jugement mais de l'arithmétique.
La question systémique est d'ailleurs documentée depuis une décennie. Déjà en 2015, un postulat du conseiller national Olivier Feller demandait au Conseil fédéral d'examiner selon quels critères les porteurs de tâches publiques externes à l'administration doivent être soumis à la surveillance du CDF. En 2019, le Conseil des États voulait même réduire la compétence d'audit dans les entreprises partiellement privatisées comme Swisscom avec la motion Ettlin. Et le test pratique le plus connu s'est avéré négatif : l'affaire CarPostal avec plus de 200 millions de francs de subventions indûment perçues n'a pas été découverte en 2018 par le CDF, mais par l'Office fédéral des transports.
Conclusion : pas plus de surveillance – une surveillance clarifiée
En rassemblant les sept voix, on obtient une image plus inconfortable que chaque position individuelle. Le propriétaire ne voit pas de problème. Le centre bourgeois fait confiance au conseil d'administration. La gauche se méfie de l'instrument de contrôle. Et la construction qui rend tout cela possible – la « position hybride » de Töngi – a été voulue ainsi par la politique elle-même. La lacune de surveillance n'a pas de lobby parce que chaque famille politique a sa propre raison de ne pas la combler.
Lues de manière constructive, les réponses montrent cependant trois voies concrètes qui ne nécessitent pas d'extension du CDF. Premièrement, la discussion de principe de Töngi : le pilotage des entreprises proches de la Confédération doit être mis sur la table dans son ensemble, pas de manière ponctuelle après chaque annonce de suppressions. Deuxièmement, la différenciation des risques de Dittli : audit ciblé et basé sur les risques là où monopole, service universel et risques informatiques concentrés se rencontrent – pas de manière généralisée, mais adaptée au risque. Troisièmement, la question des dividendes de Hurni : celui qui contribue à la politique d'économies via les attentes de profit du propriétaire ne peut pas déléguer entièrement la responsabilité au conseil d'administration.
La Poste se restructure pendant ce temps – dans les trois chiffres. Si l'architecture de surveillance est à la hauteur de ce rythme ne se décidera pas dans une audition de commission, mais lors du prochain cas, que quelqu'un d'autre découvrira à nouveau.
Cette contribution s'appuie sur les prises de position écrites des conseillers nationaux et aux États Philipp Kutter (Centre/ZH), Josef Dittli (PLR/UR), Michael Töngi (Verts/LU), David Roth (PS/LU), Benoît Gaillard (PS/VD) et Baptiste Hurni (PS/NE) vis-à-vis de clarus.news (juin/juillet 2026), sur la prise de position du Secrétariat général DETEC (coordonnée avec l'Administration fédérale des finances) du 22 juin 2026 ainsi que sur des sources accessibles au public.
Sources :
- Prises de position des membres du parlement vis-à-vis de clarus.news, 22 juin au 5 juillet 2026 (utilisation autorisée ou soumise à relecture)
- Prise de position SG-DETEC, coordonnée avec DFF/AFF, 22 juin 2026
- NZZ : Interview avec le CEO de La Poste Pascal Grieder, 29 juin 2026
- CDF : Programme annuel 2026 (environ 170 audits) et Programme annuel 2025 (environ 180 audits)
- CDF : Audit transversal Business Continuity Management (Poste : Postfinance, Swiss Post Solutions, CarPostal ; CFF)
- Rapport de la Délégation des finances aux Commissions des finances 2015 (Postulat Feller ; art. 8 LCF)
- Conseil des États : Motion Ettlin sur la compétence d'audit dans les entreprises partiellement privatisées, 2019
- Office fédéral des transports (OFT) : Affaire des subventions CarPostal, 6 février 2018
- clarus.news : Rapport intermédiaire « Surveillance des entreprises proches de la Confédération : trois réponses, trois attitudes », 23 juin 2026
Thierry Leserf (auteur), Ernst Anker (co-auteur), avec Claude Opus
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