Feu de paille avec légumes d'accompagnement : Comment la Suisse a « pris conscience » en 2016 – puis est retournée voter

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Le 28 février 2016, il s'est passé quelque chose qui est à peu près aussi rare dans la politique suisse qu'un cabanon de jardin sans autorisation : l'UDC a perdu aux urnes – nettement. L'initiative de mise en œuvre a été coulée. Et aussitôt, les grands mots ont fusé : Réorganisation du paysage politique, renouveau de la société civile, fin de l'hégémonie interprétative de l'UDC. Dans la rhétorique, cela sentait brièvement la révolution – au moins un apéritif très engagé.

La NZZ a freiné le 1er mars 2016. Non pas parce qu'elle voulait minimiser le non (au contraire), mais parce qu'elle pressentait : La Suisse confond volontiers un feu d'artifice politique avec un nouvel ordre mondial. Et quiconque a déjà essayé de lancer « une nouvelle ère » dans ce pays le sait : il faut d'abord un formulaire. Puis une consultation. Puis une commission. Puis arrive le dimanche suivant aux urnes et tout le monde redevient sobre.

Ce que disait la NZZ à l'époque – traduit en langage humain

L'éditorial (Simon Gemperli) reconnaît l'importance du non : un oui aurait eu des « conséquences désastreuses » – pour l'État de droit et l'économie. Mais : déduire de cette campagne de votation un tournant durable serait risqué. Cela pourrait aussi simplement avoir été un feu de paille – la NZZ développe l'image du « feu d'artifice » au « feu de paille » avec un certain plaisir.

Le cœur de son diagnostic :

  • La société civile est un accélérateur – pas un moteur de remplacement. Mouvements, appels aux dons, réseaux de campagne : parfait pour la rapidité et l'attention. Mais les partis et les associations doivent faire eux-mêmes leurs « devoirs ».
  • L'économie était (encore une fois) en retard. Economiesuisse & Cie ont semblé défensifs, parfois absents pendant la campagne – alors que les questions institutionnelles comme la future initiative d'autodétermination sont directement pertinentes pour les entreprises (sécurité juridique).
  • Alerte spoiler 2016 : Le prochain conflit arrivera certainement. Révision de la loi sur l'asile, immigration, politique européenne – les confrontations reviendront, peut-être simplement sans le même « potentiel de scandalisation ».
  • Et : l'« initiative d'autodétermination » prend du plomb dans l'aile. Même au sein de l'UDC, il y aurait des réticences à présenter à nouveau un projet délicat sur le plan de l'État de droit. Mais le parti sait aussi : un non vaut rarement « pour toujours » en Suisse.

En bref : la NZZ n'était pas le rabat-joie en 2016 – plutôt la personne à la fête qui dit : « C'est bien que vous dansiez. Demain, c'est quand même lundi. »

Ce qui en est résulté : résultats au lieu de romantisme révolutionnaire

Regardons ce qui s'est réellement passé aux urnes depuis (la Suisse aime les choses mesurables) :

  • Initiative de mise en œuvre (28.02.2016) : rejetée, environ 58% de non. (Bainvegni Benvenuti)
  • Révision de la loi sur l'asile (05.06.2016) : acceptée, 66,78% de oui. (swissvotes.ch)
  • Initiative d'autodétermination (25.11.2018) : rejetée, 33,73% de oui (soit env. 66% de non), aucun canton en faveur. (swissvotes.ch)
  • Initiative de limitation (27.09.2020) : rejetée, 61,7% de non. (Chancellerie fédérale)

Si on regarde cela comme une série, cela donne moins « nouvelle ère » que « final de saison récurrent » : L'UDC teste une thèse dure, l'alliance adverse se mobilise, le projet échoue – et le thème de fond reste quand même sur la table.

Et c'est précisément là que la thèse de la NZZ semble étonnamment robuste : Le non de 2016 était important, mais il n'a pas magiquement réécrit les règles du jeu. Il a plutôt montré que la mobilisation est possible – si l'occasion est assez importante.

L'économie a (un peu) fait ses devoirs

La NZZ critiquait en 2016 la retenue des associations économiques. Deux ans plus tard, lors de l'initiative d'autodétermination, l'économie s'est montrée nettement plus visible. Economiesuisse fait explicitement référence dans le bilan à un engagement au sein d'une large alliance du non – y compris des actions de campagne remarquées. (economiesuisse)

C'est exactement ce que réclamait l'éditorial : plus précoce, plus résolu, plus attentif institutionnellement.

2024/2025 : « Juges étrangers » reloaded – cette fois avec le climat

Quiconque pensait que le thème « droit international vs. droit national » avait été enterré en 2018 a sous-estimé la politique suisse. Elle est comme un appareil à raclette : éteinte, elle ne semble jamais vraiment l'être.

Au plus tard avec l'arrêt de la CEDH concernant les Aînées pour le climat (avril 2024), l'ancien réflexe est revenu : Ingérence de Strasbourg ! La fraction UDC a publiquement réclamé la dénonciation de la CEDH. (UDC Suisse) Des interventions correspondantes ont atterri au Parlement. (Parlement) Et puis le twist très suisse : le Conseil national s'est opposé en 2024 à une sortie de la CEDH. (SWI swissinfo.ch)

Parallèlement, la WOZ a critiqué la réaction politique à l'arrêt comme une attitude défensive et une question de pouvoir – y compris des textes très clairs sur le débat autour de la CEDH et de la mise en œuvre. ([woz.ch][9])

Si ce n'est pas une preuve que « un non ne vaut pas pour toujours » : initiative coulée en 2018 – le même conflit revient au village en 2024/25 par une autre rampe.

Weltwoche vs WOZ : deux lunettes, un thème, beaucoup de température

Weltwoche (regard critique)

La Weltwoche a un cap clairement à droite depuis les années 2000 ; plusieurs descriptions établissent qu'elle a effectué sous Roger Köppel un virage vers la droite et a par exemple soutenu publiquement des positions proches de l'UDC. ([Voxeurop][10]) Köppel lui-même était d'ailleurs (jusqu'en 2023) conseiller national UDC. ([Wikipedia][11])

Dans la logique de ce milieu, « Strasbourg » est volontiers raconté comme un chiffre pour la domination étrangère : les tribunaux internationaux comme problème démocratique, pas comme garantie de l'État de droit. On peut le faire sur le plan journalistique – mais cela a un prix : Le débat bascule facilement du conflit concret (Que signifie cet arrêt ?) à l'énervement permanent (Qui n'a pas sa place ici ?).

Remarque : Le site web de la Weltwoche n'est pas directement lisible techniquement par mon outil ; j'évalue donc ici l'orientation journalistique documentée (sources ci-dessus) et la figure argumentative typique dans ce spectre, pas des articles individuels d'actualité de la Weltwoche au mot près.

WOZ (comme contrepoids conscient)

La WOZ fait le contraire de « neutre » : elle dit ouvertement qu'elle a une perspective de gauche. ([woz.ch][12]) Dans le débat CEDH/Aînées pour le climat, elle cadre fortement le thème sur l'État de droit, les rapports de force et la question de savoir qui veut se soustraire aux décisions politiques (mot-clé : « hégémonie »). ([woz.ch][13])

Ce n'est pas non plus « objectif dans le vide » – mais au moins honnêtement étiqueté.

La thèse de la NZZ a-t-elle tenu ?

Au final : oui, plutôt.

  • 2016 n'était pas un « nouveau mode », mais un moment de forte mobilisation.
  • Les partis/associations ont dû apprendre à intervenir plus tôt et plus clairement (on l'a vu en 2018). (economiesuisse)
  • Les grands conflits autour de la souveraineté, CEDH/CEDH, Europe n'ont pas disparu – ils ont juste trouvé de nouvelles occasions. (UDC Suisse)

La Suisse n'a pas « pris conscience au-delà de l'UDC ». Elle est plutôt ce qu'elle est toujours : un pays qui se dispute, vote, retrouve la dispute – et se persuade que cette fois, tout est vraiment différent. Jusqu'au dimanche suivant.


Pour aller plus loin (actuel & fiable)

Résultats de votation officiels

De 2018 à aujourd'hui : ligne de conflit « Droit international/CEDH »

Lignes médiatiques (contexte)

[9]: https://www.woz.ch/taeglich/2024/08/29/klimaurteil-schweiz-ganz-unschuldig?utm_source=chatgpt.com "